‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 149 sur 182 · Ibkl., p · texte numérisé non relu

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étendre à tous les êtres individuels la loi d'immoitalilé. Renouvier laisse la question en suspens, faute de données qui en permettent une solution au moins probable. La loi de finalité demande un accord entre les besoins de l'être et les moyens qui en permettent la satisfaction ; or les passions de l'animal ne dépassent point la conservation de l'individu et la propagation de l'espèce ; en l'homme seul apparaît, comme un instinct profond et puissant, l'instinct de l'immortalité. La conscience croit naturellement à sa pérennité. Tandis que l'homme « dans le sentiment de la vie, possède sa conscience spontanément et comme a priori, indépendamment de tout espace ou temps déterminé », ce n'est qu'rt posteriori qu'il apprend à connaître la mort et, dès qu'il la connaît, il en a horreur, il refuse d'y croire, il imagine des croyances qui l'y soustraient. La vieillesse, le désenchantement qui l'accompagne, le dégoût de la vie qui parfois désole la jeunesse même, marquent surtout l'impatience d'une vie incomplète et douloureuse : « ni la passion lasse, ni la passion désespérée, ni les intermittences de la vie morale, ni sa décadence ne sont des objections à l'instinct de l'immortalité. La lassitude conclut au sommeil, non pas au néant. » De cet instinct d'immortalité joint à la loi de finalité sort une première confirmation de la croyance naturelle des hommes. Puisque les instincts et les passions innés des êtres vivants se trouvent avoir des objets corrélatifs qui en permettent la satisfaction, le désir constant de l'immortalité, donné avec la personne, doit correspondre à des lois inconnues propres à la satisfaire. La mort n'est pas une objection décisive ; il est clair que sans elle l'immortalité ne serait pas un postulat, puisqu'elle serait un fait palpable ; mais de grand effet sur l'imagination, la mort est de faible portée rationnelle. L'intermittence, nous l'avons vu, est une loi générale de la nature, et nous n'avons pas le droit de faire de notre ignorance une sorte de science négative, en limitant les

fonclionsde l'iinivers au champ étroit de nos aperceptions actuelles.

Plus encore que l'iiommo naturel, l'iiomme, être libre, sujet de la loi morale, doit être immortel. Pour ne pas rester purement abstraite, pour être à sa manière une loi des choses, la loi morale suppose l'accord du bonheur et de la vertu. Or cet accord, sans lequel la vie morale est étrangère au monde, dans lequel cependant elle est donnée, en fait n'existe pas ; il reste de supposer qu'il se réalisera sous une condition de temps, dans l'avenir, par des lois à nous inconnues. Mais d'où vient celte condition de temps, d'oiî vient ce délai de l'ordre? Toute hypothèse théologique écartée, le problème se résout par la liberté. S'il y a une vie morale, la liberté est le plus grand des biens, puisqu'il nous confère la véritable existence, celle qu'on se doit à soi-même. Mais la liberté ne va pas sans la possibilité du mal, et à ce titre elle fait du désordre possible, devenu réel par son fait, un élément de l'ordre le plus élevé. L'œuvre de la liberté est alors de réparer le mal dont elle est l'auteur, de créer par son propre effort l'ordre qui ne peut être que par elle, « l'ordre libre dans une société d'agents libres. » L'existence de la personne ne s'achève point ici-bas, l'immortalité est le droit au progrès, sans lequel la loi morale nous impose un idéal qui reste à jamais inaccessible ^

Si du mal moral nous passons au mal physique, dont la mort est la forme la plus brutale, les mômes conclusions s'imposent. La mort sans palingénésie, la destruction sans renaissance, en donnant au mal physique une sorte de réalité absolue, reviendrait encore à nier la loi de finalité, qui ne se concilie avec le mal que sous la réserve qu'il puisse être réparé. H y a quelque chose d'absurde, de monstrueux à penser « que tant de germes et d'organes, et enfin d'êtres accomplis disparaissent sans

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