Psychologie rationnelle, t. III, p. J
retour..., que la conscience, la science, les travaux, sans parler des vertus et des sacrifices, toute cette vie humaine qui a coûté tant de peines et réalisé bien peu d'espérances, est à jamais perdue chaque fois qu'un certain agrégat se décompose^ ». Il faut que « d'autres lieux, d'autres temps, une autre expérience garantissent la continuation propre de chacune des œuvres ébauchées de la nature, afin que soient évitées une inconcevable déperdition de moyens, de forces et d'existences, et l'anomalie non moins étrange d'une conscience qui vise à l'éternelle durée au sein de l'éternelle ruine. » L'hypothèse d'une destinée des êtres, par delà les formes qui naissent et périssent présentement, est l'unique solution à notre portée du problème du mal physique : elle n'en explique pas, il est vrai, l'origine, mais elle ne lui laisse qu'une existence relative et provisoire. Qu'on la prenne en elle-même ou dans son rapport au mal physique, la loi de hnalité tendrait à universaliser l'idée d'une destinée future et d'un progrès des êtres individuels, mais la croyance ne se précise et ne s'établit fortement que quand il s'agit de l'être raisonnable, soumis à la loi morale, qui trouve l'exigence de l'immorlalité tout à la fois dans son instinct et dans sa liberté.
L'immortalité de l'âme admise, il reste d'en comprendre la possibilité sans rétablir les idoles ruinées par la critique. Uenouvier s'interdit de sortir du monde sensible et phénoménal, de supposer pour l'accord futur de la moralité et du bonheur un ordre de choses et un état des personnes différents de tout ce que nous pouvons concevoir d'après l'expérience. Il regarde la vie future comme possible en vertu des lois profondes de la nature « et d'un plan téléologique de la vie, liant des organismes successifs au développement d'une même personnalité, c'est-àdire d'une môme série de phénomènes psychiques dont la permanence et la continuité sont assurées par la