‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 151 sur 182 · Psychologie rationnelle, t. III, p · texte numérisé non relu

Psychologie rationnelle, t. III, p

mémoire cl la direction volontaire de la pensée \ » 11 se refuse également au miracle et aux abstractions violentes. Il y a miracle dans les systèmes tout à la fois matérialistes et religieux, teU que celui de Priestley qui conclut à la mort au nom de l'ordre physique, à la vie future, au nom de l'ordre moral que réalise par son décret une volonté hypercosmique. Il y a abstraction violente quand le spiritualisme scinde l'être en deux êtres hostiles et sans rapport : l'âme et la vie d'un coté , la matière et la mort de l'autre. Le corps se décompose, la substance simple, par son essence même, échappe à la dissolution. Ce recours à ridée vide de substance n'a pas môme l'utilité de prouver la thèse pour l'établissement de laquelle on la crée. Kant l'a montré, si l'àme ne peut périr, à la manière des choses composées selon la quantité, à savoir par division, elle reste soumise à la condition des choses composées selon la qualité, c'est-à-dire susceptibles d'accroissement ou de décroissance par degrés, dès lors, elle peut subir une diminution graduelle et périr par extinction. L'histoire de la philosophie montre d'ailleurs qu'on peut supposer plusieurs âmes simples, plusieurs principes répondant aux fonctions diverses d'unité et par là revenir indirectement à la possibilité dune dissolution. Ne sortons pas des phénomènes et des lois. Ce qui est postulé par les instincts profonds de notre nature et par la loi morale, ce n'est pas l'immortalité d'une substance qui nous reste ignorée, c'est la persistance ou la renaissance, en vertu de lois cosmiques inconnues, des fonctions quiconstiluenlla personne. Rien ne saurait être plus réel que les rapports de coordination et d'enchaînement des phénomènes intérieurs sous la loi de conscience. La même personne renaîtra, si la série future de ses phénomènes constitutifs se relie à la série actuelle par la mémoire et le sentiment de l'identité personnelle. La même

1. Estjtiisse d'une classificaiion syslématiqiie, t. II, p. 394.

loi générale qui a produit les consciences actuelles, peut être appelée, sous d'autres conditions, à produire des consciences nouvelles, en lesquelles se retrouveront les consciences anciennes restituées et prolongées. Nous n'avons point à nous embarrasser d'esprits purs qu'il nous est interdit de concevoir. Conformément à l'expérience il faut toujours mettre en rapport le progrès ou la décadence de la vie mentale, la conservation ou l'anéantissement de la personne morale d'une vie à l'autre, avec la loi parallèle des phénomènes physiologiques. Leibniz soutenait déjà l'union perpétuelle des esprits et des corps. 11 ne s'agit pas de se perdre dans des spéculations vaines, qui vident li\ pensée de tout contenu, mais bien déposer des lois hypothétiques dont l'expérience actuelle fournit le modèle à l'imagination. Qu'est-ce qui nous interdit d'admettre « un prolongement téléologique des lois de développement des êtres » qui les reproduirait comme elles les ont produits "? « Les mêmes lois, quelles qu'elles soient, qui ont déjà amené et qui amènent les phénomènes représentatifs à la suite des phénomènes organiques, ou réciproquement, peuvent être chargées, sans difficulté nouvelle, de présider à l'établissement et au développement de semblables rapports dans l'avenir' .» Dira-t-on qu'il y a quelque chose d'étrange, de monstrueux à supposer une même personnalité se continuant en deux organismes hétérogènes ? L'expérience nous fournit tout au moins des faits analogues: chez certains animaux, les métamorphoses ; chez l'homme de véritables crises, qui modifient tout à la fois et parallèlement les fonctions physiologiques et représentatives, crise respiratoire au moment de la naissance, crise de la dentition, crise de la puberté. Il est vrai que, dans l'hypothèse de la palingénésie, l'observation ne permet pas de suivre les phénomènes par lesquels s'établit le lien des deux vies, mais

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