‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 152 sur 182 · Psychologie rationnelle, t. III. p · texte numérisé non relu

Psychologie rationnelle, t. III. p

sans la mort il n'y aurait plus problème et la vie future se passerait d'hypothèse.

Tout ce qui nous importe est l'harmonie entre les lois de l'univers et les fins des personnes, fins elles-mêmes subordonnées à l'emploi que fait l'agent moral de sa vie et de sa liberté. Sur les moyens physiques qui permettent de rattacher la vie future aux phénomènes actuels nous sommes condamnés à rignorancc. Renouvier expose plusieurs hypothèses également légitimes, puisqu'elles ne sont destinées qu'à établir la possibilité de l'immortalité sans avoir recours au miracle. Avec les stoïciens, nous pouvons admettre la palingénésie cosmique, supposer que le monde meurt, renaît, mais en substituant à la loi du recommencement une loi de progrès. Nous pouvons imaginer des vies alternantes dans deux mondes qui coexistent, se compénètrent, sans qu'il y ait communication de l'un à l'autre ; les morts resteraient près de nous, ils seraient pour ainsi dire avec nous, dans les mêmes lieux, sans que leurs organes et les nôtres pussent se toucher ni se lier par un rapport mutuel. Nous pouvons concevoir au contraire pour les organismes alternants des théâtres différents dans l'espace, les loger dans un autre globe. A l'idée des grandes intermittences nous pouvons substituer l'idée de la perpétuité des fonctions organiques, en posant non ■ des essences immatérielles, mais des composés subtils, déliés, insaisissables pour nos sens et nos instruments trop grossiers. L'hypothèse nous rapproche de l'observation et de l'expérience. Ces germes ne sont pas des âmes — il n'y a pas d'âmes sans corps — , ils sont des organismes latents, des êtres réels, des groupes de phénomènes sous des lois positives quoique inconnues, qui jouent le rôle qu'on prêtait aux formes substantielles, aux natures plastiques. Ces petits corps organises à leur manière seraient capables, sous des actions données, de produire l'organisme dont ils sont le principe d'évolution. Ces germes du corps futur pourraient préexister au

corps acliiel ou se préparer en lui par un travail caché, inconnu, où interviendraient les phénomènes moraux. « Dans tous les cas, sous toutes ses formes, l'hypothèse (le la palingénésie a pour complément nécessaire une relation posée entre la vie morale présente et l'état organique futur, alin quesoit possible le progrès par la liberté, c'est-à-dire la loi même qui a été le premier principe de notre spéculation... Ce complément des hypothèses palingénésiques n'est autre chose qu'un système de récompenses et de primes attachées à l'exercice de la vie présente, et sous l'espèce des vies de nature supérieure ou inférieure qui la suivent en vertu de l'ordre du monde'.» La philosophie morale ne va point au delà; il appartient aux religions de préciser pour l'imagination ce qu'elle maintient dans l'ordre rationnel.

A considérer les choses du point de vue de la finalité, qui s'étend à tout le domaine de la représentation, nous sommes tentés d'admettre une destinée de tous les êtres. Mais la pérennité des êtres n'est pas encore l'immortalité de la personne, qui suppose la continuité de la conscience et qui n'a de sens que pour l'être libre et sujet de la loi morale. Il est possible que cette immortalité se perde puisqu'elle doit se mériter, se conquérir, qu'elle soit par suite facultative. Le néo-cri ticisme ne fonde pas l'immortalité sur l'indestructibilité d'une substance spirituelle, mais bien sur les droits de la personne morale à la persistance et au progrès : « c'est un fait simplement possible, à espérer, et dont la réalisation dépend, pour les différentes personnes, de certaines conditions que ces personnes peuvent remplir ou ne pas remplir dans leur vie présente. C'est l'agent lui-même qui décide de la permanence et de la conservation future de la personne ou de son anéantissement final; ou, pour parler plus exactement, c'est luiqui détermine, soitpositivement, soit négati-

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