Psychologie rationnelle, t. III. p
parti, qu'il est impossible do justifier, quel qu'il soit, par des motifs semblables à ceux qui nous ont guidés jusqu'ici'.» La critique du moins nous apprend en cet ordre ce que nous ne pouvons admettre ni croire, elle limite les bypothèses légitimes, en excluant toutes celles qui contredisent les lois de Tenlendement et ruinent, avec les vérités de raison pratique, le postulat de la divinité dans son principe môme.
Aussi bien que la psychologie de la substance, la critique détruit la théologie de l'absolu. Les théologiens admettent une synthèse unique et totale des phénomènes en un être qu'ils proclament tout à la fois personnel et simple, nécessaire, immuable, éternel, infini. Cet être prétendu ne correspond à aucune représentation possible; il est inintelligible et il est contradictoire. Elevé par hypothèse au-dessus de toutes les conditions de la pensée, il n'est pour nous que le néant suprême identifié à la suprême existence. Eternel, il agit dans le temps, il pense le successif; immuable, il change sans changer; un, il est le multiple; et unique cause, unique fin, unique réalité, il est tout ce qui est, sans enlever au monde sa réalité. « Considéré comme personne, il est un faisceau contradictoire des attributs de la conscience élevés à l'absolu, et, parlant, rendus inintelligibles-. » L'intelligence, la volonté, la passion supposent un point d'application hors d'elles-mêmes, une relation de soi à non-soi ; ni lintolligence ne peut se comprendre elle-même, ni la volonté se vouloir elle-même, ni la passion se désirer elle-même ; or dans l'absolu, dans l'infini, toute distinction de soi et de non soi disparaît, puisqu'elle implique limitation. « Ce ne sont pas là d'augustes mystères, mais bien de solen-
1. Psycholorjie rationnelle, l. III, p. 246. On pourrait objecler à Renouvier que « son point de vue n'est pa» seulement le plus favorable possible à l'opinion de la personnalité de Dieu, » qu'il la suppose, puisque, dans sa doctrine, un ordre de bonté n'a de sens (juc par une ou plusieurs consciences, en lesquelles il se définit.