‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 160 sur 182 · Psychologie rationnelle, t. III, p · texte numérisé non relu

Psychologie rationnelle, t. III, p

•1. Essai de logique générale, 1" édit., p. 3al-2.

rcnt sans atteinte ». Le Dieu de la métaphysique n'a jamais été celui de la conscience : « toute vraie religion veut un Dieu vivant. Les dogmes Ihéologiques ou philosophiques pour lesquels on persiste à réclamer une dignité supérieure, CCS objets d'une vénération vaine sont de pures abstractions qui ne disent rien au cœur, alors même que l'esprit les prend pour des réalités '. » La croyance en Dieu, pour la raison pratique, se ramène à la croyance en un ordre de bonté qui enveloppe et domine l'ensemble des phénomènes. Rien ne saurait être plus conforme à cette croyance toute morale que l'idée de la personnalité divine, mais prise simplement, naïvement, sans surcharge d'attributs métaphysiques qui lui sont contradictoires. Il faut, « laissant à une théologie sans vie ses chimères, considérer la divinité sous un aspect tout anthiopomorphique, et par conséquent ne pas la soustraire aux limitations inévitables de l'intelligence et de la volonté. » La nécessité de penser les choses sous la catégorie de conscience conduit naturellement à réaliser l'ordre de bonté en une personne. Mais la croyance étant un mode de la pensée, il n'y a de croyance, comme il n'y a de science que du déterminé, du fini : seul un Dieu envisagé dans les phénomènes et anthropomorphique peut être objet de croyance.

Renouvier veut ainsi qu'on prenne au sérieux la personnalité divine, qu'en l'acceptant on accepte tout ce qu'elle implique. Toute conscience est limitation, Dieu est limité. Nous lui refusons l'éternité antérieure, l'universalité sans bornes, la prescience de tous les possibles, les attributs infinis en tout genre qui sont incompatibles avec la conscience. Il pense, donc il est soumis aux catégories, sans lesquelles il n'y a pas de pensée, il aperçoit les choses dans l'espace, dans le temps, en succession. « La perfection d'une qualité, c'est-à-dire l'adaptation

1. Crilique philosophic/ue, 1874, t. II, p. 137 ; 1876, t. I, p. 135.

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exacte et complète de quelque chose à sou but » u'a rien de contradictoire; nous donnerons à Dieu la perfeclion de bonté, de moralité, de justice, de puissance môme et d'intelligence. Mais perfection n'est pas infinité. L'intelligence et la puissance de Dieu sont parfaites en ce sens qu'elles embrassent l'ensemble fini des phénomènes autant qu'il est nécessaire pour assurer le règne du Bien. Mais nous limitons ses facultés pour le comprendre comme intelligence et volonté, comme èlre fini et parfait, dont les fonctions satisfont à des conditions de nombre, de temps, d'espace. « Nous les limitons encore eu égard à nous, parce que notre liberté que nous croyons réelle, est une borne à son pouvoir et à son entendement; parce que la création qui lui soumettrait cette liberté, quant à lorigine, en qualité de don gratuit, sans la lui livrer quant aux développements, est une sorte de fiction puérile et d'imagination sans fondement, indigne d'arrêter un philosophe *. » Dieu dispose des causes et des fins de notre monde, mais autant seulement que le permettent la liberté et l'individualité des personnes qui ne sont pas lui, et les lois générales sous lesquelles il se représente sa propre existence enveloppée. Dans toutes les religions, les hommes, sans souci des abstractions mortes, ne se sont jamais adressés qu'à ce Dieu-homme qu'ils ont fait à leur image pour pouvoir le connaître et l'aimer. De ce point de vue on peut rendre un sens à la création comme à la Providence. « Le rapport de création devient essentiellement un rapport d'influence et de subordination limitées... la relation de deux puissances et de deux libertés : la puissance et la liberté d'une grande personnalité, vivant dans la nature et. agissant sur elle, en conformité avec ses lois constantes, quelle que soit l'origine de ces dernières ; la puissance et la liberté des êtres tels que les hommes dont le développement dépend de Dieu et

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