I. PklloNopliie analyluiue de l'histoire, p
nisle, relativisto, linitiste de sa première philosophie, il ne part plus de l'esprit, de ses catégories, mais de la nature de l'être. Ce renversement de la méthode, qui pose en axiomes des conclusions détachées de leurs prémisses, formule les conjectures en aphorismes, transforme le néo-criticisme en une doctrine qui semhle tomhée du ciel. Renouvier n'arrive à Tétude de l'esprit qu'après avoir défini la monade, exposé les lois selon lesquelles les monades se composent ; et il mêle à sa philosophie de la nature, de l'homme et des sociétés ses hypothèses cosmogoniques, qui sont ainsi non plus des postulats, mais des vérités servant à entendre le monde de l'expérience. Enhn le Personnalisme nous montre Renouvier parvenu au terme logique de son évolution. Il ne part plus de la définition de la monade, il part, comme le rationalisme cartésien, de l'idée de la cause première, de l'idée de Dieu qui sert désormais à entendre tout le reste. La perfection, pour lui, n'est pas d'ailleurs l'absolu des métaphysiciens, elle est relative, sans rapport à la quantité, elle est la perfection d'une personne qui se propose une fin définie et trouve dans sa sagesse et sa bonté tous les moyens qui lui sont nécessaires pour la réaliser. Du Dieu parfait il déduit l'existence du monde primitif, parfait comme son auteur, il en explique longuement les lois, les révolutions, la destruction, et c'est de ce point de vue d'une vie antérieure, de la chute et de la restauration, qu'il interprète désormais la vie terrestre de l'homme,', ha personnalisnw renverse la méthode critique, explique ce que nous cons-
4.(( Nullo doclriuL' ne saurait j«s///!er le créateur, si elle ne nous fait coMiprendrc que tous les lioinmes puissent être \)ums juslement dans eette vie inorielle, et punis er/alement, en déi)it des apparences. C"est le résultat atteint par noire théorie. tra[)rrs la(|uelle la vie actuelle de chaque personmn'est (juc l'une des vies que réclame le ti'avail de sa reconstitution inorahaprès la chute. Elles équivalent par l'eiïet de leur réunion aune vie uniqur. semée des accidents, des épreuves et des enseignements de toutes les sortes, dont la nature bouleversée et la société déchue peuvent composer les lots les plus divers des individus, à raison de leurs qualités et circonstances natales. La vie terrestre et intégrale, envisagée sous ce jour, est une éducation poursuivie sous toutes les conditions possibles, en un mon(h' où h' bien est enseigné par rexpérience du mal. »
LA DERNIKRE PHILOSOPHIK DR llF.NOUMI.R 30")
talons, ce que nous savons au sons rolalil" mais positif do ce mot, les lois physiques, les lois de la vie, les lois morales par des conjectures sur Dieu, sur la création érigées par là même en dogmes véritables. Sans doute Renouvier proteste encore qu'il ne dogmatise pas; d'un ouvrage à l'autre il apporte des variantes à ses hypothèses, mais de plus en plus il substitue à la méthode rationnelle, j)hilosophique, la méthode religieuse, la méthode de pure foi qui se llatte d'expliquer le connu par l'inconnu et même p;ir l'inconnaissable.
11 serait superllu de discuter longuement des théories qui par leur nature même échappent à la discussion. En dépit des théories de Renouvier sur la certitude et les libres crises de la croyance, on cherchera et on trouvera, je n'en doute pas, la logique immanente qui du néo-crilicisme devait le conduire au personnalisme. Il n'en est pas moins vrai que ce nouveau système ruine le néo-criticisme dans sa métiiode et dans son esprit. Ce monde prévu, créé, dirigé par un Dieu, n'a rien de commun avec le monde de la contingence et de la liberté qui décide par son propre effort de ses destinées. Le point de vue religieux s'est substitué au point de vue moral.
Renouvier réussit-il du moins oi!i Leibniz a échoué? Sa tiiéorie justitie-l-elle Dieu de l'existence du mal? N'y a-til pas un véritable sophisme à dire que le monde créé par Dieu est parfait, quand ce monde enferme la possibilité du mal? Lu mal possible est déjà un mal réel, comme le montre assez l'événement. — Mais cette possibilité du mal était la condition de la liberté, c'esl-à-dire du plus précieux des biens. — Si vraiment le libre arbitre est le bien par excellence, pourquoi Renouvier veut-il que le jeu s'arrête et que dans le monde restauré règne une juslice délinitive ? Le {)lus sage était de commencer par la hn. En quoi d'ailleurs le Dieu bon est-il justifié du mal qui règne ici-bas, puisqu'il a prévu ce mal, puisqu'il y a consenti au moins comme au moyen de rétablir l'ordre
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premier de la créulioii. La morale de Dieu est-elle donc la morale déshonorée pour laquelle la fin justifie les moyens? S'il ne pouvait trouver mieux que la guerre de tous contre tous, que la vie fondée sur le meurtre, que ne s'est-il abstenu? Le problème est reculé, il n'est pas résolu.
La théorie de la chute, faite pour décharger Dieu, compromet la morale dont elle se donne pour un postulat. S'il est vrai que Ihomme est un être déchu, quil apporte en naissant une nature corrompue, qu'il descend peut-être jusqu'aux formes de l'animalité où s'expriment ses vices antérieurs, comment Renouvier maintient-il qu'il ne part pas de l'état sauvage, qu'il apparaît sur la terre avec la raison et la liberté, en un état de relative innocence ? Il est logique de revenir à l'idée d'un mal radical qui est inhérent à la nature humaine et dont l'homme ne peut pas plus s'affranchir que de sa nature même. La guerre prend quelque chose de fatal, elle n'est plus nn mal moral, une œuvre de la liberté qui peut y mettre lin par son initiative, elle est un châtiment nécessaire. IJenouvier parle du mal sur un ton nouveau : il y insiste, il le voit partout présent comme une loi des choses, à laquelle il est vain d'espérer se soustraire'. Il le montre non seulement dans la nature, dans l'individu, dans la société, dans les lois de l'hérédité, de la contagion morale, de l'universelle concurrence, mais dans tout ce dont nous souffrons, dans tout ce qui nous menace aujourd'hui, dans la pornographie et l'alcoolisme, dans les brutalités dune colonisation sans scrupules, dans les ambitions d'un impérialisme (}ui risque « de constituer l'unité mondiale d'un gouverneiuent césarien, au lieu de la fédération universelle des nations libres que réclame la philosophie. »
L'hypothèse de la vie antérieure ne donne pas seulement au mal une existence nécessaire, elle suppose, entre la manière dont il est distribué entre les hommes et leur
■1. Nouvelle MonadoloQte, \\. 428 sq.
LA DEHNIÈRE PHII.OSOI'IIIK I»K RENOUVIKU 397
mérito réel, un rapport qui explique et légitime la diversité des conditions. Il faut aller jusqu'aux conclusions que n'a point hésité à tirer le génie religieux de l'Inde, il faut avouer avec la croyance au monde primitif ses conséquences, la grande loi du Karma, qui proportionne aux fautes commises par l'individu dans une vie antérieure les maux, les déchéances qu'il suhit ici has. Voilà toutes les inégalités sociales légitimées, l'effort vers l'égalité réelle des personnes condamné comme une violation de la justice immanente qui préside aux lois de la génération et de la distribution des sorts.
Aussi hien la vie présente n'étant qu'une épreuve, l'important n'est pas de changer sa condition, mais d'y trouver l'occasion de se purifier par la souffrance. Les âmes sont chargées d'un poids qui les abaisse selon leurs fautes antérieures, qu'elles se contentent d'accomplir le progrès relatif dont elles retrouveront le bénéfice dans une existence plus ou moins prochaine en une condition nouvelle. La vie présente n'est qu'un moment dans la suite des vies successives par lesquelles on se prépare à la vie future. « Il est raisonnable de penser que cette vie mortelle est un état transitoire pour la persomne humaine considérée dans l'ensemble de sa destinée, si l'on croit à son immortalité fondamentale ; et dès lors, c'est elle, cette personne, en rapport avec son existence antérieure et sa destinée intégrale, que la métaphysique doit considérer beaucoup plus (jue ses relalions avec la famille, la société et les états politiques du monde présent, auxquels elle l'sl attachée par des dcco/rs temporaires, mais dans lesquels elle na ni son origine ni sa fin ^ ». Nous devons vouloir la justice ici-bas sans nous leurrer de l'espérance de la réaliser jamais sur la terre. « Linsociable sociabilité » de l'homme, selon la forte expression de Kant, montre l'irréductible contradiction
i. Pei suiinalistne, p. 110.
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dans l'homme déchu de l'homme individuelet de l'homme social. « Dans les meilleures hypothèses d'avenir social qui puissent pratiquement être réalisées, l'autonomie de la personne reste toujours une vue philosophique*. » Sans doute Renouvier, par une vieille habitude, affirme encore le progrès et la décadence par la liberté, mais la liberté trouve dans la nature déchue un obstacle qui tôt ou tard l'arrête et « lui défend l'approche des fins de la loi morale ». L'œuvre de la liberté, c'est la toile de Pénélope, des fondations et des ruines, semper eadem sed aliter, selon la formule de Schopenhauer. « L'humanité ne finit jamais rien, mais monte, descend et se relève en des gestes variés, ou s'endort selon les stations où la paix et la guerre conduit ses membres dispersés. Elle n'a point sur la terre une fin pour elle-même, mais seulement pour les individus dont l'éducation est à sa charge -. »
Qu'importe à Renouvier ? Désormais il est l'homme religieux qui se détache de la terre « théâtre de misère, d'impuissance et de douleur », et qui s'absorbe dans son rêve de palingénésie et de société paradisiaque. « La vie que nous vivons n'est pas la vraie vie, elle est seulement un ensemble d'épreuves qui préparent pour la cic... Si nous croyons que l'individu, membre d'un corps d humanité réel, qui est, en principe et dans sa fin, une société réelle, que cet individu n'est sur la terre qu'un passant venant d'autre part et d'un lieu où il retournera, après avoir tiré de ce monde malheureux ce qu'il contient pour son instruction et son perfectionnement; si nous croyons cela, nous devons penser ce que, d'un point de vue analogue, écrivait, il y a dix-huit cents ans, un apôtre d'une religion nouvelle, alors occupé à l'élaboration de son dosme : où vào v/o<xv/ toos usvouTav tcoA'.v, a/.Aa tt.v afÛ.O'j- Tav £-'.Çy,toj;j.sv '. » Renouvier retombe de sa grande