Premier Essai, t. I, p. 6G
2. « Ne craignez point, Monsieur, écrit Leibniz à Tabbé Foucher (Dutens, II, 238), ne craignez point la tortue que les pyrrhoniens faisaient aller aussi vite qu'Achille. Vous avez raison de dire que toutes les grandeurs peuvent être divisées à l'infini... Mais je ne vois pas quel mal il en arrive ou quel besoin il y a de les épuiser. Un espace divisible sans fin se passe dans un temps aussi divisible sans fin. Je ne conçois point d'indivisible physique sans miracle, et je crois que la nature peut réduire les corps à la petitesse que la géométrie peut considérer. » — Le mal qui en arrive, et pour lequel les yeux du métaphysicien sont couverts du bandeau d'un système, c'est que s'il y a des divisioiis qu'on n^ épuisera jamais, parce qu'elles
point de vue du représentatif, il est peut-être plus difficile de comprendre comment l'idée de la substance est en contradiction avec la loi du nombre. L'analyse directe de la représentation, sa relativité nécessaire semblent ici lu preuve la meilleure et la plus simple. « La substance n'est connue que par son attribut; dans ce qui pense, par exemple, le connu est l'adjectif qui pense, et le ce demeure ignoré... L'unique définition de ce singulier ce, comme pronom général de la substance, est d'être impropre à toute définition, ce qui ne suffit pas... L'attribut luimême ne se manifeste que par ses modes, c'est-à-dire que nous connaissons bien nos pensées, mais non pas séparément notre pcnse'e, encore moins la pe?ise'e.BTe{ tout représentatif, aussi bien que tout représenté, implique des relations. Si donc nous posons la chose en soi, la substance à part de toutes relations, la chose en soi, la substance n'ont rien de commun avec la représentation' », c'està-dire qu'elles ne sont pas ou sont pour nous comme n'étant pas.
Bien que moins directement, la loi du nombre confirme ici encore les résultats de l'analyse. Même définie par le représentatif, par la nature spirituelle, la chose en soi reste liée à la contradiction de l'infini quantitatif actueL Une s'agit plus, comme pour le temps et l'espace, de l'accumulation d'un nombre sans nombre de parties obtenues par une multiplication ou une division sans limites; l'infini est maintenant « dans la réunion des formes ou idées qui, toutes présentes, ou du moins toutes enveloppées
sont sans lin, on ne les épuisera jamais en ell'et. Et par conséquent, on ne Unira pas de passer. Et quel besoin do les épuiser ! demande-t-on. Mais tout simplement le besoin de passer, si c'est de cela qu'il est question. Or. il est bien question de passer, puisqu'on ajoute que l'espace infiniment divisible 56 passe dans le temps infiniment divisible. Mais le temps et l'espace ont beau se suivre et s'accommoder l'un à l'autre en parfaite correspondance, dans leurs divisions respectives, ni l'un ni l'autre ne peuvent se passer quand par hypothèse ils sont intraversables, étant inépuisables. Voilà l'argument dans sa force ; il revient à dire que l'infini ne se peut linir. » (Critique philosophique, iSlG. II. p. G9.)