Troisième Essai, t. II, p
Séailles. — Renouvier. 6
l'idée de cette méthode telle qu'on doit se la faire après l'œuvre criticiste de Kant, lorsqu'il a défini la science par l'étude des phénomènes et par la recherche de leurs lois, à l'exclusion des essences et des causes ^ » En acceptant cette formule, en se limitant de parti pris à l'investigation des faits et de leurs rapports, le néo-crilici?me ne nous enferme pas dans l'universelle illusion, il est éminemment une doctrine de la réalité, car, au lieu d'opposer à ce que nous pouvons connaître linconnaissahle réalité, il abandonne, comme la science positive, les qualités en soi, les essences, les causes, pour constituer la réalité des phénomènes eux-mêmes et de leurs rapports. L'être n'est pas au delà de ce que nous pensons, un je ne sais quoi d'insaisissable et d'absolu, il est ce qui apparaît; nous ne sommes pas dans l'illusion, nous sommes dans le vrai monde, dans le seul monde qui existe. Nous n'avons pas à faire de vains efforts pour sortir de notre pensée, pour sauter par dessus notre ombre , pour regarder derrière l'espace et le temps, il n'y a d'autre voile entre nous et la vérité que celui de notre ignorance et de nos préjugés; nous avons sous les yeux le monde intelligible, nous avons dans nos catégories les lois qui permettent de l'entendre, les choses sont ce que nous les voyons et les pensons.
Mais ce n'est pas pour le seul plaisir de se tromper soimême que l'esprit humain oppose la substance au phénomène, c'est pour ne pas se perdre dans la diversité infinie de son objet, pour rattacher ce qui passe à ce qui dure, et c'est aussi pour rendre compte des existences réglées et durables que nous révèle l'expérience. La négation de la substance n'est pas une solution du problème, elle impose au phénoménisme la tâche de lui trouver un substitut, d'expliquer dans son hypothèse les attributs essentiels de toute réalité, la stabilité et la permanence. Sans sortir des faits, Renouviercroit trouver dans l'idée de la loi