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LES CATÉr.ORIES 103
raiitre est dit du même et le même de l'autre; à la condition de ne point oublier que l'idée d'être se ramène à l'idée de rapport défini, on peut dire que le devenir est une synthèse de l'être avec le non-être. Blanc, le chlorure d'argent devient noir à la lumière. Un môme rapport, le blanc, est alTirmé et nié, mais non pas au même moment de la durée, ce qui violerait le principe de contradiction; il y a succession, passage d'un terme à l'autre; la synthèse du rapport et du non-rapport se fait par le changement.
Comment comprendre cette synthèse du même et de l'autre dans le changement? Le changement n'a pas lieu dans l'instant ; l'instant esta la durée ce que le point est à l'étendue, il est une limite, il n'enferme aucun intervalle, il ne peut rien contenir : tout phénomène suppose une durée, si petite qu'elle soit. Il reste à dire que le changement a lieu dans le temps. Mais comment? Pour dissimuler la difficulté de passer du même à l'autre, dironsnous que le changement se fait par degrés et qu'il y a une inlînité de degrés? Mais nous nous heurtons contre la loi du nombre; de plus c'est revenir à l'idée que le changement se fait dans l'instant et qu'en dernière analyse il se compose de non-changements. Ainsi il ne sert à rien de multiplier les degrés à l'infini; d'autre part l'observation ne nous permet jamais de surpendre l'élément dernier du devenir, le changement minimum dont le changement total serait l'addition; il y a continuité apparente, nous n'isolons pas l'état le plus voisin possible d'un état donné. Bref, l'expérience ne constate jamais que des devenus ;^'ï\ est en ainsi, elle ne suffit pas à nous faire entendre le devenir, dont elle laisse entier le mystère, et nous ne pouvons chercher de lumière que dans les lois générales de la représentation. Sans nous faire comprendre le devenir, comment quelque chose finit et quelque chose commence, ces lois peuvent nous éclairer sur ses conditions. D'abord le principe de contradiction exclut la continuité, le nombre infini de degrés ; il faut donc admettre
lOi I.A PHILOSOI'IIIE DK RENOUVIEH
pour chaque changement successif une durée aussi petite qu'on voudra, mais qui l'enferme entre deux instants. En un mot Je rapport qui change est déterminé au premier instant, il est détermine comme autre au second instant et cela sans qu'entre ces deux limites se place une troisième détermination. « Le devenir est donc la synthèse du rapport et du non-rapport à deux instants que la représentation distingue , quoique l'expérience ne puisse les séparer ». En d'autres ternies le principe de contradiction nie la continuité, nous contraint d'admettre des hiatus, des sauts d'un état à un autre, une suite de changements dont chacun est défini, distinct et occupe i une durée définie et distincte. « Sous le point de vue ' physique il faut se représenter le devenir comme un fait intermittent, continu sans doute dans le sens Imaginatif, mais non dans le sens mathématique et absolu du mot^ » Il faut donc imas^iner une suite d'actes, d'exertions: à cet instant a phénomène déterminé existe, une durée est affectée à a par relation à d'autres phénomènes, puis une limite se place; maintenant a n'est plus, mais c'est a -\- e par exemple ou a — e qui existe à sa place, une nouvelle durée est affectée au phénomène altéré et ainsi de suite. Les lois de la représentation éclairent ainsi les conditions du devenir, sans d'ailleurs nous en dévoiler le mystère. L'etïort de la science positive est de ramener le devenir de qualité au devenir dans l'espace, c'est-à-dire au mouvement qui permet l'application de la catégorie du nombre et la mesure exacte. C'est ainsi que la chaleur trouve une sorte de mesure dans les variations de volume d'un corps, que les sons et les couleurs sont rapportés à certains nombres de vibrations moléculaires dans des milieux appropriés, air ou éther. Considéré dans l'abstrait, en tant que rapport de l'espace et du temps purs, le mouvement est continu : « cen'est pasàdire que le devenir réel