Premier EssaL t. II, p. 269, 27d
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ni le l'aire; les choses sont représentées comme actuelles, comme possibles, mais non comme produites. La force est la synthèse de la puissance et de l'acte, elle est l'acte de la puissance, elle ne laisse plus deux actes successifs, elle les rend solidaires, elle les lie par un rapport original. « Envisagée plus particulièrement dans son rapport avec le premier des deux actes qui limitent la puissance, la force prend le nom de cause et dans son rapport au second le nom ^ effet. » Il ne faut pas se représenter la force comme dans le premier phénomène; elle est présente au second comme au premier, elle exprime leur rapport et disparaît dèsqu'onles isole. « Il y a relation de cause à effet, lorsque dans une série de phénomènes, sujets au devenir, deux groupes sont envisagés de telle sorte que, le premier étant d'abord posé en acte et le second représenté en puissance dans le premier, le second devienne actuellement. » Les idées d'acte, de puissance et de force expriment donc une loi delà pensée, une forme de l'entendement, que nous appliquons nécessairement aux phénomènes donnés en succession constante dans l'expérience. Nous pouvons à ce titre affirmer que tout ce qui commence a une cause, à la condition de nous enfermer dans la série des phénomènes, de ne faire du principe de causalité qu'une règle générale de l'expérience qui ne permet pas de prononcer sur le premier commencement de la série des phénomènes.
Ces définitions nous permettent d'échapper aux difficultés que les sceptiques anciens et notamment Enésidô me ont élevées contre la causalité et qui toutes viennent de ce qu'on isole la cause et l'effet, de ce qu'on oppose un être tout actif à un être essentiellement passif et de ce qu'on imagine que l'action passe du premier au second par je ne sais quelle mystérieuse intluence. La causalité transitive est une illusion du même ordre que l'illusion de la substance. La cause n'est que la loi selon laquelle nous définissons le rapport de deux phénomènes liés l'un à l'auli'e ; elle ne s'entend pas plus en dehors de l'effet,
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que l'ellet en dehors de la cause. La cause sans leiret, la force sans la puissance et les deux actes qui la limitent, ne sont que de purs mots dénués de toute signification. Je dis que les vibrations de l'air sont la cause du son; mais si j'isole les vibrations de l'air de l'acte du sujet sentant, il n'y a plus ni cause ni etTet. Le rapport de causalité implique qu'à l'acte du Ikiide élastique répond un acte de l'être sensible et qu'entre ces deux actes s'établit un rapport que l'observation révèle. La force n'est pas dans les vibrnlions de l'air, elle ne passe pas de celle-ci dans l'être représentatif, elle est la synthèse de l'acte mécanique et de l'acte mental. Il n'en est pas autrement dans le fait de la communication du mouvement : il n'y a pas dans le premier mobile une force qui se transmet au second, il y a activité dans le second mobile aussi bien que dans le premier, et la force n'est que la synthèse des deux activités au moment de la communication : on ne saurait sans cela concevoir comment, de ce qu'un corps se meut, un autre corps se meut ou ne se meut pas. En un mot la force ne passe pas d'un être à un autre, elle répond au rapport de deux phénomènes qui sont liés l'un à l'autre, dont l'un produit l'autre mais qui ne peuvent être séparés sans que les notions de cause et de force perdent leur sens. La production implique les deux phénomènes et perd tout sens dès qu'on les isole.
La synthèse originale, irréductible, qui domine la catégorie de cause, c'est la notion de force; sans elle il y a acte et puissance, réalité et possibilité, il n'y a pas « faire », il n'y a pas production ; d'un terme àTautre dans le devenir il n'y a pas action réelle, efficace. Quelle est l'origine de cette notion de force ? L'expérience externe nous donne l'ordre de succession des phénomènes, mais le phénomène de la cause à proprement parler ne tombe pas sous l'observation; nous voyons deux faits se suivre, nous ne voyons pas l'un produire l'autre. En est-il de même de l'expérience interne ? la conscience ne nous montre-t-clle rien de plus
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qu'une suite de faits successifs? L'action de llionime. selon Renouvier, est un cas privile'gié, un cas unique, « oii des phénomènes nous sont d'avance connus comme liés par une force ^ » Déjà dans le simple mouvement volontaire nous attendons après la volonté, la contraction musculaire, notre prévision devance l'etTet, nous savons, antérieurement à l'expérience, qu'un antécédent sera suivi d'un certain conséquent. Sans doute, entre la volition et le mouvement, Hume la amplement prouvé, il y a toute une série d'intermédiaires, nous ne voyons pas la cause produire l'elTet, la volition se transformer en mouvement, nous n'avons pas dans l'etîort la conscience immédiate d'une force en acte, et « la théorie, encore célèbre chez nous, de Maine de Biran est une des moins défendables erreurs qu'il y ait en philosophie ^ » A défaut de conscience immédiate, nous avons, et cela suffît, la notion anticipée d'une relation de cause ou de force, d'un rapport de déterminant à déterminé, entre certain état mental et certains phénomènes corporels.
Ainsi déjà au plus bas degré de l'action humaine nous trouvons quelque chose de plus qu'un rapport de succession, une anticipation de l'etfet, l'idée de deux phénomènes liés par une force. Mais < le cas de la causalité directe, immédiate et véritablement typique,... c'est l'acte de volonté qui ne franchit pas les bornes de l'entendement. Là des phénomènes s'enchaînent sous une action directrice, sans qu'on puisse douter de l'existence de quelque chose de déterminant entre l'antécédent et le conséquent"^ » . Le savant qui fixe son attention sur un point, qui dirige ses idées, l'homme qui contient ses passions, n'est pas dans un état de passivité, il a la conscience de sa propre action. « L'intelligence est alors, on le voit, automotrice,... on ne peut pas contester le sens de l'etfort dans cette sphère.
■1. Premier Essai, t. II, p. 28G.