Ibid, p. 32'J
LES CATÉCOHIES 109
Tout acte bien marqué d'attention, de mémoire ou d'imagination évoquées volontairement, d'impulsion communiquée à la pensée, etc., est un exemple de ce que nous appelons ainsi. » C'est dans le rapport des faits purement intérieurs que nous trouvons l'idée que nous cherchons : « la force et la cause sont premièrement et essentiellement des relations entre des représentations, entre des idées chez l'agent volitif. Ce n'est que là que se conçoit directement la détermination d'un phénomène par un autre phénomène (p. 330)... La force, envisagée dans la conscience, est un type sur lequel, indépendamment de l'expérience, nous modelons le rapport de causalité de tous les phénomènes extérieurs enchaînés dans le devenir. Mais il faut que la succession constante de ceux-ci soit donnée d'ailleurs. »
Il y a, semble-t-il, une hardiesse singulière dans l'induction qui transporte « la notion de force à des rapports si dilfércntsde ceux où elle prend naissance. » De quel droit universaliser une loi de la vie intérieure, supposer entre tous les phénomènes dont les changements se présentent à nous en fonction les uns des autres des relations analogues à celles que nous révèle la conscience dans l'action spirituelle. N'est-ce pas revenir à l'anthropomorphisme des peuples enfants qui ne conçoivent rien qu'à leur image, mettent sous tous les phénomènes des intentions et des volontés '? Selon Renouvier, il n'y a rien dans cette universalisation de l'idée de force qui distingue ou qui puisse compromettre la catégorie de causalité. Prenez les catégories de l'espace et du temps, vous y trouverez de même une intuition propre à la conscience qui est universalisée, étendue à tous les faits. En tant que coexistants les phénomènes nous apparaissent dans l'espace, mais à cette loi générale répond une intuition « spontanément formée avec nos premières impressions », l'étendue, que nous généralisons, que nous appliquons comme une condition d'existence à tout ce qui nous est donne.
En tant que successifs les phénomènes nous apparaissent dans le temps, mais à celte loi générale, caractéristique des phénomènes de conscience, que nous ne saisissons que là, répond une intuition, la durée, dont nous faisons sans hésiter une condition d'existence pour les phénomènes de tous les ordres. Nous ne faisons rien de plus dans la catégorie de cause que ce que nous faisons dans les catégories d'espace et de temps, nous universalisons une forme intuitive particulière. Dans la conscience de l'action spirituelle nous trouvons l'intuition de la force, et « nous l'appliquons à tous les phénomènes extérieurs perçus, toutes les fois que nous voyons que la détermination des uns est invariablement attachée de certaine manière à la détermination des autres, » de même que nous étendons l'intuition de l'étendue à tous les phénomènes coexistants, l'intuition de la durée à tous les phénomènes successifs. L'expérience nous donne entre les phénomènes des modes de dépendance constants, constamment reproduits dans les mômes circonstances ; « quant au transport que nous faisons aux phénomènes externes, entièrement étrangers à nous et à nos façons d'être, à ce qu'il semble, au transport, dis-je, du genre de représentation qui nous est donné dans nos propres phénomènes : l'effort directeur ou producteur de la dépendance et de la modification, nous l'opérons aussi naturellement, spontanément, primitivement, que nous appliquons les autres relations ci-dessus décrites et qui ne sont aussi que des modes de notre représentation projetés et universalisés^. » Si j'entends Renouvier, il veut dire que le dynamisme est aussi naturel, aussi nécessaire à la pensée que la représentation des phénomènes coexistants dans l'espace, des phénomènes successifs dans le temps. C'est par le même procédé, en transportant du dedans au dehors, de la conscience à l'ensemble des phénomènes un mode particulier de la