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■2. l/ncL. t. I, p. 189.
118 LA PIIILOSOPHIIÎ I)K HENOUMEIt
comme élat; l'intervalle est le non-soi, lensemble do tous les phénomènes autres ou extérieurs ; la synthèse du soi et du non-soi est la conscience, la personne. Pris abstrailement, le soi est une limile, il échappe à nos prises; de même le non-soi est tellement indéterminé que nous n'en saurions assigner une représentation quelconque, les deux termes antithétiques ne sont donnés que par leur rapport et dans leur synthèse. Cette synthèse originale, irréductible, c'est la conscience dont il n'y a pas à discuter la nature, à chercher l'origine, comme s'il y avait quelque moyen de la déduire dautre chose que d'elle-même. Le cercle des catégories ouvert par la relation au sens le plus abstrait et le plus généj'al se referme par la relation au sens le plus déterminé, qui ne laisse pas d'être le plus enveloppant à sa manière : la conscience oii tous les rapports possibles se trouvent coordonnés.
Si la personnalité est une catégorie, c'est-à-dire si nous ne pouvons rien penser que soumis à la loi de conscience, que participant aux rapports qu'elle implique, si de plus toutes les catégories trouvent dans la conscience leur centre et comme leur réalité, conscience devient synonyme d'existence. Le monde n'est pas une chose étrangère à la pensée, sans rapport à elle, il est composé de représentations, liées par des lois, plus ou moins cohérentes, plus ou moins clairement unifiées en une conscience, si dégradée, si évanouie qu'on la suppose. Renouvier rejoint Leibniz. Le monde, qui est un ensemble de représentations, par cela même est un ensemble de consciences. « S'il est vrai que toute chose est pour nous représentation, phénomène, rapport; que le représentatif et le représenté sont indispensables l'un et l'autre à la constitution d'un objet quelconque de la connaissance, et que le pur être en soi n'a pas de sens, alors les catégories que notre analyse a parcourues nous ont soumis des données ])uremfMit abstraites jusqu'au moment où, réu-
nies dans la dernière d'entre elles, elles ont pu composer un phénomène complet, une représentation véritable. Sans conscience, la représentation est inintelligible ; je ne dis pas sans ma conscience, mais bien sans les fonclions semblables que ma conscience envisage dans le non-soi; et puisque le monde est un ensemble de représentations, il est donc un ensemble de consciences ^ »
La théorie des catégories de Renouvier domine toute sa philosophie spéculative; sans doute les catégories sont présentées comme les lois de la connaissance, mais, s'il est vrai que dans la représentation s'opposent le représentatif et le représenté, tout se réduisant en dernière analyse à la représentation, les lois du représentatif, en qui la représentation est donnée pour elle-même, s'identilient avec les lois du représenté, c'est-à-dire avec les lois de l'être défini par les phénomènes et leurs fonctions.
Renouvier prétend concilier Hume et Kant, les corriger, les compléter l'un par l'autre, en purifiant le crilicisme de tout ce que son fondateur y a laissé d'éléments empruntés au dogmatisme rationaliste. 11 est phénoméniste sans être empirique : il admet des lois a priori, des lois premières et irréductibles de la connaissance, des synthèses supérieures, antérieures en un sens à l'expérience qu'elles rendent possible; il veut que « dégagée des traditions ontologiques, la critique ne voie dans ces formes a priori que des phénomènes encore, mais constants et généraux, des rapports abstraits de tous les autres, mais les enveloppant et qu'il s'agit uniquement de constater- ». Est-il vrai que Renouvier ait corrigé la pensée de Kant en lui restant fidèle ? A la prendre en elle-même, sa théo-