Manuel de philosophie moderne, p
el synthèse du fini et de rinfmi pour la composition de la quantité, interprétation réaliste du calcul infinitésimal; opposition et synthèse du déterminisme et de la liberté morale ; doctrine de Dieu créateur, mais éternellement créateur, immuable dans ses changements, un dans son infinie multiplicité, tout à la fois lui-môme et agent substantiel en chaque monade qui ne laisse pas d'être ellemême et d'être libre : accord du panthéisme objectif et de l'idéalisme subjectif dans l'absolu, du moi et du non moi dans l'infini, telles sont les principales déterminations de l'Etre que la croyance, libérée du principe de contradiction, dégage des antinomies par la franche acceptation de leurs termes antithétiques^
Les problèmes qui préoccupaient à cette date Renouvier sont ceux qui restent au premier rang dans sa philosophie définitive : établissement et limite des catégories; sens et valeur du principe de contradiction; rencontre nécessaire des antinomies et nécessité de prendre parti sur ces thèses et antithèses auxquelles on ne saurait échapper; rôle nécessaire de la croyance, donc du sentiment et de la volonté, dans toute doctrine spéculative qui dépasse les solutions phénoménales. Mais la croyance lui servait alors à postuler précisément ce qu'il répudiera plus tard avec une sorte de violence : l'affirmation simultanée de la thèse et de l'antithèse, du fini et de l'infini, de l'unité absolue et de la multiplicité, de tous les termes contraires dont la synthèse lui semblait la formule môme de la suprême intelligibilité. Cette négation franche, brutale du principe de contradiction, ce dédain des etforts de tous les philosophes pour accorder les éléments opposés de leur système dans l'unité d'une pensée cohérente, cette acceptation décidée d'une absurdité première, comme fondement de l'intelligible, cette espèce de coup d'Etat qui délivre des
1. Pouf marquer nettement sa pensée. Renouvier donnait pour épigraphe à son Manuel de philosophie ancienne : « Tous leurs principes sont vrais, (les pyrrhoniens, des stoïques. des athées ; mais leurs conclusions sont fausses, parce que les principes opposés sont vrais aussi. »
problèmes gênants, paraît un trait original do la manière de Renouvicr : il y restei-a lidèle.
Cependant Renouvier gardait une secrète inquiétude, il ne trouvait pas dans le sacrifice résolu du principe didentité « le repos qui suit les fortes décisions morales ». Les problèmes de l'infini et du libre arbitre, qui résument les difficultés des antinomies kantiennes, se posaient encore à son esprit, en dépit de sa croyance à la synthèse des contradictions dans l'être.
Sur l'infini, la lumière lui vint de ses réfiexions personnelles. Depuis sa sortie de l'Ecole Polytechnique, il n'avait jamais cessé de méditer sur le sens et la valeur de la méthode infinitésimale en géométrie. Tous les mathématiciens avouent l'impossibilité de l'infini numérique actuel, mais quand ils parlent des incommensurables, des limites, des quantités indéfiniment décroissantes, il leur arrive de substituer insensiblement la quantité continue à la quantité discrète et de s exprimer comme s'ils admettaient la réalité du nombre infini qu ils tiennent d'ailleurs pour impossible. Il faut savoir ce que l'on pense. Si Ton accepte l'infini actuel, « irrationnel et contradictoire », de quel droit se refuser « à tant de sortes d'aberrations mystiques dont la métaphysique et les religions abondent, et contre lesquelles après tout on n'a jamais à faire valoir que le grief d'irrationalité, de contradiction'. » L'absurdité de l'infini numérique reconnue, Renouvier résolut d'être logique, d'accepter toutes les conséquences de ce jugement définitif et rélléchi, quelqu'opposées qu'elles pussent être à ses préventions, « en excluant rigoureusement de la théorie de la connaissance et de l'Etre toutes les affirmations de nature à impliquer