Principes de la nature, t. I, p
LF.S CATliGORIES 127
durables, raspocl illusoire de la continuité. L'espace et le temps ne sont donc des lois du représenté qu'en ce sens qu'ils sonf des lois de la i-eprésentalion, mais, loin de confirmer la conformité des lois du sujet et des lois de l'objet, ils la contredisent, en mettant au cœur même de la représentation un élément d'illusion. La continuité inséparable de l'espace et du temps est démentie par la loi du nombre, niée par le principe de contradiction. Ne semble-t-il pas dès lors qu'il faille distinguer sinon entre le phénomène et l'être, du moins entre l'apparence sensible et le phénomène vrai, ce qui revient à séparer les formes de l'intuition sensible des catégories [de l'entendement'. Si les formes de la sensibilité ne se laissent point identifier aux catégories de l'entendement, sommes-nous autorisés à étendre en un antre sens « les lois premières et irréductibles de la connaissance », jusqu'à ces relations de causalité, de finalité, de personnalité, qui ne nous sont révélées que par l'intuition que nous prenons de nousmêmes. La cause efficiente, active, exerçant un effort ; la passion, la tendance à passer par une sorte d'inquiétude d'un état à un autre état, ne sont originairement que des données de l'expérience personnelle. Ce n'est que par une projection delà personne hors d'elle-même que nous nous représentons « philosophiquement » le monde par analo-
1. M. Pillon reconnaît la valeufde celte objection et corrige sur ce point la théorie de Renouvier. (Année philosophique, 1904, compte rendu de la thèse de M. MiéviUe sur la connaissance reiifjieuse dans la philosophie de Renouvier). Il veut « qu'on distingue entre les phénomènes continus qui relèvent de la constitution de noire sensibilité et qui méritent le nom d'apparences, et les phénomènes discontinus seuls réels aux yeux de la raison. M. Renouvier ne semble pas avoir vu l'importance de cette distinction qui l'eût, croyons-nous, conduit à séparer des catégories de la raison. Xunique forme de la sensibilité, Vespace. Nous disons l'unique forme parce que c'est la forme spatiale que revêt le tenq^s quand il a|)paraît comme continu et qu'on ne l'envisage pas simplement comme rapport de succession ou de simultanéité. L'aspect de continuité n'appartient pas aux choses, il vient de notre esprit qui le leur confère ; il est subjectif, comme les qualités secondaires, la couleur par exemple... Certainement il y a deux représentatifs dont les témoignages sont opposés, celui de la sensibilité et celui de la raison. Mais au représentatif de la raison il appartient de réduire celui de la sensibilité à sa juste valeur. »
gie avec la conscience, à l'image de nous-mêmes, animé par des forces, dirigé par des fins, tandis que « scientifiquement » nous sommes tenus de nous en tenir « à la partie patente et observable » des phénomènes. Est-on autorisé, dans une théorie des catégories, à distinguer ainsi le point de vue philosophique et le point de vue scientifique, à scinder la loi de cause, à lui faire signifier tour à tour l'enchaînement des phénomènes et leur action réciproque? La science n'implique-t-elle pas la pensée avec toutes les conditions de son existence '? Renouvier avoue lui-même qu'il est impossible de prouver « l'exactitude du transport de la notion de force à des rapports si did'érents de ceux où elle prend naissance. L'analogie est rationnellement injustifiable. On ne fait plus qu'obéir à un aveugle instinct quand on quitte définitivement la sphèi-e de la représentation pour envisager cette même relation de force entre des corps bruts, de purs mobiles qui se pressent et se choquent^ ». Mais les catégories ne doivent-elles pas être limitées, de son aveu, aux lois universelles et nécessaires, aux conditions primordiales, dont la pensée ne peut s'affranchir sans renoncer à elle-même? Est-il permis de franchir ainsi la distance qui sépare les catégories « sans lesquelles rien de représenté ne subsiste » des analogies par lesquelles nous étendons à tout ce qui est les lois de notre activité interne.
Toutes ces difficultés tombent, et plus évidemment encore, sur la loi de personnalité. Est-il vrai de dire que nous ne pouvons rien concevoir que sous cette loi? On ne peut même plus invoquer ici un instinct qui nous pousse à projeter la personnalité dans les phénomènes externes, à moins que le type de l'esprit ne soit l'esprit du fétichiste qui d'ailleurs, dans ses notions confuses, laisse certainement place à la matière inerte, inanimée. 11 n'existe que des représentations, il n'y a de représentations qu'en une