Premier Essai, t. III, p
du champ dos catégories. Nous ne pouvons môme pas nous prononcer sur lunité ou la pluralité de ces phénomènes originels : ne sachant rien de ces faits, sinon qu'ils sont sans antécédents, « quelles raisons aurions-nous de penser qu'il ne peut pas en être donné plusieurs là oîi il en est donné un? »
La catégorie de cause, quand nous prétendons par elle atteindre la synthèse totale des phénomènes, nous oppose les mûmes prohlèmes insolubles. Sous ce rapport, comme sous tous les autres, le monde est limité: la régression à l'infini nous étant interdite par la loi du nombre, nous devons poser une ou plusieurs causes premières des phénomènes qui composent le Tout-Etre. Mais de la nature, du nombre de ces causes nous ne pouvons rien savoir. Dire que la force \wenùère s'est produ lie elle-même^ c'est se contredire, on supposant quelque rapport antérieur au rapport premier; dire qu'elle a existé de tout temps, c'e^t admettre qu'elle s'est indéfiniment succédé à elle-même, quoique sans changement, c'est revenir à la durée sans fin actuellement écoulée, au nombre sans nombre, c'est se contredire encore \ Parler de pure puissance, admettre une sorte de force indéterminée précédant les forces réelles, ce n'est qu'énoncer le problème insoluble qu'on croit résoudre : de quoi et par quoi quelque chose? Sur le nombre des causes premières nous sommes condamnés à la même ignorance. Ne sachant rien que la nécessité d'un premier commencement des phénomènes, « les raisons qui prouvent qu'une force première, une au moins, est donnée par conséquent possible, établissent du même coup la possibilité de plusieurs. » De ce qu'une seule cause suffit, on n'a nullement le droit de conclure qu'il n'en peut exister plus d'une. Trois hypothèses sont permises : une seule force — plusieurs forces distinctes, )nais dépendantes les
i. Premier Essai, t. III, p. 186. « Il s'ensuit de cette analyse, ce que nous pouvions déjà prévoir, que la force première n'est déterminable de causalité, ni par relation à soi, ni par simple succession à soi. »
unes des autres selon certaines lois — plusieurs forces respectivement mdépen'lantes. La troisième hypothèse revient à supposer plusieurs mondes sans rapport, dont tous ceux qui ne sont pas le nôtre nous restent étrangers; nous pouvons la négliger, car il ne s'agit pour nous que de la synthèse des objets de l'expérience possible. Restent les deux premières hypothèses entre lesquelles tout moyen direct de décider nous manque. L'harmonie relative de notre monde s'expliquerait aussi bien par l'accord de plusieurs forces coopérantes que par l'action dune force unique. « De savoir si la pluralité, qu'il faut toujours placer quelque part, provient du développement de hi force d'abord unique, ou se trouve donnée dès le principe dans cette force elle-même, c'est ce qui ne ressort pas des thèses du devenir et de la causalité. » A prendre les choses abstraitement, d'un point de vue tout théorique, il nous est tout aussi impossible de décider s'il existe une loi de prédétermination des phénomènes, si tout a dépendu des premières données, de manière à pouvoir être prévu, préconnu par une intelligence assez clairvoyante, ou si au contraire il existe des futurs ambigus, incertains pour toute conscience, nécessairement ignorés, puisqu'ils pourraient ne point être. « En résumé l'analyse nous tient suspendus entre l'hypothèse de la force unique et des forces multiples, et nous ignorons si la loi du monde, quant au devenir, fut ou ne fut pas entièrement déterminée a priori dans une puissance première. La synthèse ne s'obtient donc pas sous la simple acception de force ou rein lion de causalité \ »
Toutes les difficultés qui s'opposent à la science, à la synthèse totale, viennent se ramasser, se concentrer dans le problème de la conscience du monde. Sans la conscience la représentation est inintelligible; puisque le monde est, selon Renouvier,un ensemble de représentations, il est un