‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 60 sur 182 · Premier Essai, t. III. p · texte numérisé non relu

Premier Essai, t. III. p

mesurer son étendue, sa durée, comparer son existence en deux instants successifs, embrasser ainsi la synthèse totale des phénomènes qui le constituent sous une relation donnée; 2° à défaut de cette synthèse totale, pouvonsnous du moins, limitant le problème, atteindre les principes du monde donné, arrivera Tintelligence de ses premières causes, de ses fins dernières? Pouvons-nous, tout, en dernière analyse, s'expliquant par la représentation qui n'existe qu'en une conscience, rattacher l'ensemble des phénomènes à une ou à plusieurs consciences, qui seraient le Dieu ou les Dieux, à l'existence de qui le monde entier viendrait comme se suspendre?

Que nous posions le problème dans toute son étendue ou que nous le limitions à la recherche des principes premiers, nous sommes condamnés à un échec qui résulte des conditions mômes de la connaissance. Le monde, il est vrai, est fini; à ce titre, la synthèse totale est donnée, elle existe, elle comprend tel nombre, telle durée, telle suite de causes, mais est-ce à dire que nous puissions l'atteindre ? Nous ne pouvons relier le monde à quelque chose qui existerait en dehors de lui, faire du Tout-Etre le terme d'un rapport dont le second terme serait quelque chose d'étranger, d'extérieur à lui, c'est contradictoire dans les termes. Pouvons-nous du moins, prenant le monde en lui-même, comme un ensemble fini de phénomènes et de rapports, embrasser dans une synthèse totale les relations qui le constituent? L'analyse des catégories ne nous donnera jamais que les lois de la représentation, et de cette forme nous ne saurions déduire le contenu, la matière de la connaissance, c'est-à-dire, l'ensemble des phénomènes réels, le monde. L'expérience ne peut nous donner ce que nous refuse l'analyse des catégories, puisque le monde la dépasse, la déborde de toutes parts. Pour ce qui est du problème des origines, tout ce que nous pouvons savoir c'est que, le monde étant fini, les premiers principes existent en vertu d'une

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nécessité logique. Mais quant à ce qui est de définir ces premiers rapports donnés, c'est ce qui nous est interdit par les lois mêmes de la connaissance. Connaître, c'est établir un rapport entre deux termes ; or par hypolhcsc le premier terme donné n'est précédé par rien, il est donc impossible de le faire entrer dans une relation, et nous ne pouvons rien dire sinon quil est ; sur sa nature, sur son unité, sur sa pluralité nous n'avons aucun moyen de nous prononcer.

Au terme, si nous réfléchissons que la conscience implique un rapport du soi au non soi, et si nous remarquons que la. multiplicité est un fait donné dans l'expérience, nous serons amenés à poser au point de départ des choses une pluralité de consciences, sans nous dissimuler qu'il n'y a rien là qui nous approche même de loin de la solution du problème de la synthèse totale.

Cet arrêt est-il sans appel ? Ne voyons-nous pas l'œuvre que nous interdisait la logique se réaliser sous nos yeux par le progrès des sciences positives, par la philosophie de l'évolution qui en coordonne les résultats et en dégage les principes ? Pour ramener le monde à l'unité, il n'est pas nécessaire d'en sortir, ni même d'atteindre ses limites ou d'embrasser toutes les relations qui le constituent, il suffit, s'enfermant dans ce qui est donné, d'en pousser assez loin la connaissance, de descendre par l'analyse des phénomènes complexes jusqu'au phénomène élémentaire présent à tous les autres, de ramener par une généralisation progressive «les lois les plus différentes à une seule loi engendrée elle-même, d'assimilation en assimilation, par un seul et même phénomène générateur, dans lequel tout s'identifie, choses et lois '. » N'est-ce pas la synthèse

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