Beurier. Revue philosophique, 1877, t. I, p
LA SYNTHÈSK TOTALE loi
totale que cette idenlification universelle de la diversité phénoménale qui ne laisse au terme qu'un phénomène élémentaire, le mouvement et ses lois. A l'unité substantielle de la vieille ontologie la science substitue l'unité du fait primordial que tout ne fait que répéter. Renouvier n'admet pas que l'on confonde les sciences positives avec ce qu'il appelle le .'icioicisme, c'est-à-dire avec cette métaphysique bâtarde qui, s'emparant de leurs découvertes, les étendant arbitrairement, les interprétant selon des principes préconçus, en fait sortir un système qu'elles n'autorisent pas.
Le sciencisme se présente comme une tentative d'obtenir la synthèse totale des phénomènes sous la catégorie de qualité : il revient à dépouiller les choses de leurs caractères spécifiques pour les faire sortir par évolution dun principe unique qui en contiendrait virtuellement toutes les déterminations. La pensée se manifeste dans un organisme, on réduit ses lois aux lois biologiques; la pensée ramenée à la vie, on ramène la vie aux phénomènes physico- chimiques qu'elle suppose ; effaçant tout ce qui distingue, tout ce qui différencie ces phénomènes physico-chimiques , on les réduit enfin à de purs mouvements. L'unité est obtenue par cette régression du supérieur à l'inférieur, du complexe au simple, il ne reste qu'une espèce, qu'un phénomène, qu'une loi.
Renouvier se refuse à voir dans cette simplification à outrance une synthèse totale, il n'y voit qu'un vain effort pour s'affranchir des catégories , pour penser en dehors des lois de la pensée. Sans doute il est facile de faire abstraction de la pensée, de la vie, de ce qu'il y a de qualitatif dans les phénomènes physico-chimiques, d'éliminer progressivement les différences et, ne laissant de la représentation que le représenté, de ramener tous les phénomènes sous un genre que définissent le nombre, l'étendue, la durée et le devenir. Mais il est tout aussi facile de réduire
par une abstraction inverse tous les phénomènes au représentatif comme au genre suprême qui les embrasse. Nous ne faisons rien par là que constater une fois de plus les deux aspects nécessaires du phénomène qui repondent aux deux éléments corrélatifs, inséparables de la représentation : le représentatif, le représenté. Mais cette généralisation ne saurait se donner pour une explication du réel. On n'explique pas les différences en les supprimant, les qualités en en faisant abstraction. Quand je dis : Vhomme est animal, je n'explique pas l'homme par l'animal, l'espèce par le genre : l'homme n'est homme que par la différence dont on ne dit rien en disant qu'il est animal, u Pour donner un sens à cette proposition : la feiuée est un mode de la matière cérébrale, il faut ajouter : moyennant la différence qii'on appelle j)roprement pensée^y) De manière ou d'autre on introduit toujours subrepticement les qualités qu'on se flatte de déduire. Rien à cela de surprenant : on s'élève de genre en genre par l'élimination graduelle des qualités, comment retrouver ces différences spécifiques, qu'on a supprimées, dans ce qui ne les contient pas ? « De l'ensemble des phénomènes on soustrait presque tous les rapports (pourquoi pas tous ?), sous condition desquels la représentation en est obtenue. Cette abstraction posée, on l'intronise, on la fait substance, et l'idole a la vertu de reproduire les rapports supprimés, à mesure que, sous un nom ou sous un autre, on les y rétablit. Et l'on appelle cela expliquer, on appelle cela de la science", w Avec le temps, l'espace et le devenir, le mécanisme ne fera pas la vie et la pensée, parce que des catégories inférieures ou ne déduit pas les catégories supérieures, éléments irréductibles de la représentation.
Mais ne voyons-nous pas cette déduction se faire devant