‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 62 sur 182 · Premier Essai, t. III, p · texte numérisé non relu

Premier Essai, t. III, p

LA SYNTHÈSE TOTALE l'J3

nous? N'est-elle pas l'histoire du monde? L'enveloppement des causes prouve l'enveloppement des espèces. Examinez l'ordre de production des faits : l'expérience montre que la pensée suppose la vie, la vie les phénomènes physico-chimiques, ceux-ci le mouvement et ses lois. Dans le passé une évolution continue conduit ainsi du simple au complexe, de l'inférieur au supérieur, et les faits actuels confirment cette loi d'évolution par les rapports qui suhordonnent les fonctions supérieures aux fonctions inférieures comme à leurs conditions nécessaires, La vie apparaît sur la terre avant la pensée, et les lois de la pensée supposent les lois de la vie. Tenons-nous aux faits, ne dépassons pas ce que nous savons réellement : nous constatons que les phénomènes simples précèdent dans le temps l'apparition des phénomènes complexes et que les lois inférieures sont au nombre des conditions de manifestation des lois supérieures. Mais, selon Renouvier, « ce qui n'est point et ne peut être constaté, c'est l'antériorité totale et radicale d'une fonction d'une espèce à l'égard d'une fonction d'une autre espèce... Là où l'organisation étant donnée, la sensibilité et l'intelligence se produisent ensuite des modifications organiques, il n'est pas possible de s'assurer que les phénomènes qui surviennent ainsi sont indépendants de toute sensibilité et de toute intelligence antérieurement existantes, ou même coexistantes, soit dans le sujet, soit hors de lui \ » Nous

1. Premier Essai, t. III, p. 124-12o. « Lorsque nous remontons par la pensée à l'époque de l'incandescence du globe, nous savons qu'il existe d'autres mondes dans l'espace, d'autres êtres et d'infinies possibilités, et ce n'est qu'arbitrairement que nous pouvons supposer un état de choses où tout dans le monde se réduit à des mouvements... Nous ignorons si des causes externes au globe, et des causes du genre intelligent, ne régissent pas le développement de la vie sur le globe à mesure de son refroidissement et ne le conduisent pas à ses fins. En ce même état d'incandescence, nous ignorons si des germes indestructibles des ditïérentes espèces, et par conséquent ces espèces inèmes ne sont pas déjà données, en sorte que les êtres proprement dits, avec leurs organes et leurs liaisons mutuelles se développeraient sous des circonstances qui font partie d'un système de moyens et de fins. » (p. 159-160). Ajoutez que « ùtée la représentation, il ne reste rien du monde connaissable. »

n'avons pas le droit de faire de noire ignorance réelle une science apparente : la vie est donnée, la sensibilité apparaît, c'est quelque chose de nouveau pour nous, est-ce quelque chose d'absolument nouveau, quelque chose qui sort par je ne sais quel miracle de ce qui lui est totalement étranger? L'admettre, c'est rétablir dans la cause l'idée chimérique de la substance qui ne peut tout devenir que parce qu'elle n'est rien. La causalité nous l'avons vu, est correspondance, harmonie, elle est inséparable de son effet, la force dépendant de l'un et de l'autre des actes qu'elle lie. Quand après la vie apparaît la pensée, la vie est une condition de la pensée, elle ne devient pas la pensée par je ne sais quelle métamorphose, les deux termes sont également supposés par le rapport causal qui s'établit entre eux.

On objectera que celte philosophie est la science même, quelle en a la certitude et l'autorité. L'évolutionnisme d'Herbert Spencer ne fait que ramener à leurs principes, que généraliser en les coordonnant, les grandes hypothèses auxquelles aboutit la science contemporaine, la loi de l'unité des forces physiques qui apparaissent toutes réductibles au mouvement, la théorie transformiste qui fait rentrer la vie sous les lois du mécanisme. Par sa méthode d'analyse, par sa généralisation progressive des lois, par ses résultats convergents, la science semble marcher vers une synthèse totale que l'on peut définir : « une tentative de réduction de toutes les qualités possibles à la force mécanique, dans l'explication du monde, sauf à envisager en môme temps cette force sous l'aspect d'une sorte de qualité primordiale qui subit des métamorphoses diverses appréciables pour nos sens, suivant les modes de distribution d'un mouvement de somme invariable entre les parties du mobile universel'. »

Le premier reproche que fait Renouvier à cette philoso-

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