‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 69 sur 182 · Psychologie rationnelle, I, p · texte numérisé non relu

Psychologie rationnelle, I, p

La logique fournit à la psychologie ses cadres, ses divisions par les catégories qui deviennent les grandes fonctions humaines. Science de l'être, en qui les lois de la représentation prennent une claire conscience d'ellesmêmes, la psychologie d'autre part est l'introduction nécessaire à la synthèse partielle mais générale qui doit se suhstituer à la science totale.

Ainsi entendue la psychologie comprend trois parties : la première qui répond au sens le plus ordinaire du mot, s'occupe de l'homme, des fonctions qui le constituent, de la conscience et de ses lois; en posant le problème de la liberté, de ses rapports à la connaissance, elle nous introduit à la seconde partie dont l'objet propre est le problème de la certitude, que la logique laisse en suspens ; enhn, la certitude définie par la croyance morale et volontaire, s'ouvre le champ des probabilités et des conjectures qui achèvent de rationaliser l'expérience en la moralisant. La psychologie n'est pas une science isolée, détachée des autres sciences philosophiques, enfermée de parti pris dans l'étude d'un ordre de phénomènes distincts, elle continue la logique, tout à la fois elle en dépend et elle l'achève ; elle prépare la morale dont l'homme est le sujet; elle se lie intimement à la science générale, qni a son centre dans la conscience, elle finit en conjectures hardies sur le monde invisible par l'effort même pour rendre à l'homme raison de lui-même et résoudre, en en définissant les conditions et les conséquences, le problème de la vie.

Renouvier distingue la méthode qu'il suit dans la psychologie de celle des substantialistes comme de celle des purs empiriques. Il rejette l'àme, ses facultés, toutes les entités mystérieuses que les métaphysiciens posent et subdivisent, en réalisant de pures abstractions. La méthode vraiment rationnelle ici comme partout dissipe 'le fantôme de la substance, ne s'attache qu'aux phénomènes et à la recherche de leurs rapports. En tant que

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l'observulion des laits de conscience est son procédé, la psychologie rationnelle a le droit de se dire psychologie empirique. Mais elle n'admet pas avec l'école associationnisle, qn'on puisse appliquer l'analyse aux synthèses irréductibh^s, aux lois nécessaires de la pensée, que l'observation paisse être allranchie des lois constitutives de l'esprit observateur. Elle est rationnelle, puisqu'elle ne sépare pas les faits psychiques d'avec les formes de groupement de ces faits données dans les catégories \

Pour définir les fonctions qu'enveloppe dans son unité la complexe nature de l'homme, suivons « le fil conducteur des catégories ». Lorsque nous n'envisageons dans l'homme que les seuls rapports composés de nombre, de position, de succession et de changement, avec certaines qualités inhérentes, abstraction faite de tout élément représentatif, nous avions l'homme organique. La vie suppose au-dessous d'elle, comme la base même sur laquelle elle s'édifie, les phénomènes physico-chimiques et leurs lois ; mais ce n'est pas dire qu'on puisse ramener le supérieur à l'inférieur, l'organique à l'inorganique. Si l'on s'en lient aux faits et aux rapports qu'ils manifestent, on ne peut affirmer qu'une chose, c'est que l'organisation et ses conséquences apparaissent sous certaines conditions, nécessaires peut-être, mais oii elles n'étaient pas d'abord contenues. Qu'y a-l-il de commun entre la molécule, étendue, figure et mouvement, et l'organisrne individuel et centralisé, dont le principe et la fin ne sont dans les parties que relativement au tout "? Sous de prétendues inductions scientifiques c'est, à dire vrai, une théorie métaphysique de la substance et de la cause qui se dissimule, quand on suppose que le corps qui de l'état physique passe à l'état organique, ne fait en cela que changer de mode et parcourir deux phases d'une existence unique.

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