‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 78 sur 182 · Essai de vsychologie, t. I, p · texte numérisé non relu

Essai de vsychologie, t. I, p

mobile et libre par laquelle nous nous représentons nos propres actes comme dépendants de nous. Ce qui est vain, c'est-à-dire sans but et sans effet, ne saurait se produire' ». A quoi bon détacher la forme de l'action des éléments qu'elle combine, si ce n'est pour diriger cette action ? A quoi bon savoir comment on agit, si ce n'est pour s'emparer de cette activité spontanée, pour la diriger, pour faire sortir de la connaissance de ce mode d'agir des formes d'action nouvelles? Ce qui vraiment différencie l'homme de l'animal, ce qui transforme les fonctions qu'il a en commun avec lui, c'est la volonté. Centre de l'étude de l'homme, le problème de la volonté est le problème psychologique par excellence : de la solution que nous lui donnons dépend l'idée que nous nous faisons de la certitude et de ses rapports à la croyance, notre conception de la vie morale, de son sens et de ses conditions, en conséquence la synthèse générale par laquelle dépassant l'expérience présente nous relions le monde visible au monde invisible, dans le pressentiment raisonné de nos destinées.

Qu'est-ce donc que la volonlé? Rien de plus nécessaire (|uc de ne pas fausser, en le constatant, ce fait primordial de la nature humaine. La volonté n'est pas la spontanéité avec laquelle on est trop souvent tenté de la confondre. Les phénomènes de la vie, la succession des faits de conscience dans la rêverie et dans le rêve, l'acte qui dans la passion ou dans l'instinct se réalise sous rinfluence immédiate du désir, ne se produisent pas par un pur mécanisme, par une simple juxtaposition d'éléments extérieurs ; dans tous ces cas le changement s'explique par la nature de l'être, par les seuls éléments qu'elle enveloppe

1. Ibid.. p. 103-4. « La conscience n'est pas autre, comme fonction, quand s'oppose au soi tel groupe de phénomènes donné dans le non-soi, et quand s'y oppose tel autre groupe dont les éléments étaient d'abord enveloppés dans le soi. Or, c'est bien là toute la dill'érence entre une sensation et une réflexion. » Bref, la réflexion est un cas particulier de la conscience, considérée comme fonction et, à ce titre, serait possible à l'animal.

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et qu'elle organise ; mais il y a loi donnée, conséquence nécessaire des coud il ions posée s ^ Ce n'est pas assez, pour qu'il y ait volonté, qu'on trouve dans un être, dans le système clos pour ainsi dire des phénomènes qu'il ordonne, loul ce qu'il faut pour expliquer son action. « Mais quand aux autres représentations de conscience se joint celle d'appeler, suspendre ou bannir ces mêmes représentations; quand le pouvoir qui résulte de la généralisation de ce phénomène paraît établi, grâce à ces faits d'attention, d'abstraction systématique, de réilexion soutenue et variée dont l'ensemble est une véritable analyse automotrice; quand l'indépendance de la représentation appelante, suspensive ou bannissante trouve une confirmation spécieuse dans la divergence des actes humains, dans leur opposition et dans l'imprévu de leurs conséquences; quand une passion est retenue et neutralisée, puis vaincue, puis extirpée jusqu'à sa racine par l'appel et le maintien constant de quelque motif pris de plus haut ou de plus loin, d'ordre différent : alors il faut dire qu'il y a volonté. " » Essayons d'entendre la pensée de Renouvier. Pour le vulgaire la volonté est une sorte d'entité, extérieure aux représentations, qui les compare et qui les juge, une cause séparée des passions qui entre en lutte avec elles, les repousse ou les accepte et s'y complaît ; j'éprouve une tentation, j'y résiste; l'imagination réalise celte lutte dans des termes distincts, opposés, dans la lutte chimérique de facultés dont le théâtre est l'àme individuelle. Selon les déterministes, en vertu des lois nécessaires de l'association, l'idée d'un acte appelle celle de son contraire, en môme temps que tout le cortège des motifs et des mobiles liés à ces deux décisions; et la volonté n'est que l'oscillation plus ou moins longue et l'équilibre final,

1. « Lo groupe évoluanl. depuis le grave qui tombe, jusqu'à la conscience qui se passionne, suit sa loi el ne la l'ail point. Tout cela n'a rien de commun avec la volonté. » Psychologie ralionnelle, l, I, p. 299.

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