Essai de psychologie, l. I, p
tendent ou à la supprimer ou à rempècher de naître. Comme un vertige musculaire, Rcnouvier leconnaîl un vertige mental qu'il étudie avec une admirable pénétration. « De môme que rimagination de l'acte possible conduit à Tobsession et finalement à l'acte, ainsi l'imagination d'un fait ou d'un système appelé à rendre raison de certains phénomènes conduit, en se répétant et se fixant de plus en plus, si bizarre qu'il soit souvent, à l'affirmation décidée de ce fait ou de ce système \ » C'estune forme nouvelle de vertige qui conduit de l'idée à l'affirmation, comme la première de l'image au mouvement, c'est la tentation de la démence, dont le caractère est de transporter la personne dans un monde individuel, imaginaire, où elle ne s'accorde plus, ne s'entend plus qu'avec ellemême. « La pensée constante du faux ou de l'absurde d'abord retenue par une négation également constante, mais jointe à quelque idée de possibilité, tend aux mêmes effets que la représentation répétée d'un acte déplacé, ridicule ou criminel. » Le fait primordial de la folie, au point de vue représentatif, est ce vertige mental, ce passage de l'imaginaire au réel, cette confusion de ce qui s'impose à la pensée et de ce qui est. La transition s'opère sous l'empire de la passion qui fixe^ Ja iie^rés£g[Uation, quand la volonté n'intervient pas pour opposer à l'idée fixe les idées antagonistes qui la réduisent. L'hallucination, le délire chronique, lés songes, la suggestion somnambulique, tout le merveilleux du mysticisme et de l'extase, l'effet des pratiques machinales sur la croyance religieuse (Pascal), le mensonge à demi volontaire qui d'abord se mêle à l'esprit de système et de parti, toutes les erreurs nées de la passion, autant de faits qui de la folie déclarée à l'état normal nous montrent que l'idée devient affirmation, comme l'image mouvement, en se fixant, en s'isolant.
1. Ps;/chologie rationnelle, t. II, p.ll.« La mononianie des idées part du mciue principe ([ue la monomanie des actes. »
Les physiologistes ne veulent reconnaître que des causes et des remèdes physiques de la folie, parce que | pour eux Tordre des idées dépend tout entier de Tordre ; des mouvements cérébraux qui sont leur condition nécessaire. Sans nier les causes corporelles de l'aliénation mentale, Renouvier maintient « qu'il existe un développement propre et spontané des fonctions l'eprésentatives duquel certains faits organiques dépendent. » Une idée appelle une autre idée directement, sans qu'il soit besoin de chercher dans le cerveau et ses vibrations la raison de cette liaison. S'il en est ainsi, la vie psychique a son indépendance, les perversions du jugement ne sont pas > les conséquences nécessaires de Tétat pathologique, les '; désordes de Tordre représentatif relèvent des lois de la i représentation. « Rien ne prouve que certains symptômes î représentatifs ne puissent être éludés ou supprimés par ■ une médication de même nature, c'est-à-dire intellectuelle ot morale, tandis que la maladie suivrait peut-être son cours avec les symptômes physiques et vitaux qui lui appartiennent en propre... On peut ainsi placer dansjme. intervention réçiulière et constante de la réflexion et de
la volonté dans les phénomènes représentatifs, un moyen eflicacc de résistance à Taliéiiationj__considérée dans ses caractères du même ordre \ » Renouvier en vient ainsi à concevoir comme une séparation de la maladie physique et de la maladie mentale que nous pourrions entraver par une discipline volontaire, par un contrôle incessant sûr la passion, jusqu'au moment où. les fonctions supérieures seraient rendues impossibles par l'absence de leurs conditions physiques nécessaires".
Ainsi les lois spontanées de la représentation par le ver-
1. Psychologie rationnelle, t. II, p. 25. « La plupart des hommes contractent des liabitudes d'opinion et de croyance par suite de la répétition et de l'imitation, soit que la rélle.vion y ait ou non présidé à l'origine ou y soit intervenue depuis. Un vertige qui agit dès l'enfance devient souvent insurmontable, et c'est ainsi qu'on est de la religion de ses pères. »