Ibid., p
192 LA PHILOSOPHIE DK UENOUVIRR
tige mental, auquel Ions à des dogi'cs divers nous cédons incessamment, limitent le domaine de la volonté; mais dans l'ordre représentatif il n'est pas de servitude à laquelle on ne puisse graduellement se soustraire et il dépend ici de la volonté même détendre indéliniment ses conquêtes. Pour prévenir la folie, pour s'opposer à ces formes multiples du vertige qui dans la vie normale en sont comme la menace et le principe, il faut élever la représentation de l'espèce d'inertie qui l'isole à la volonté qui la fait souple, vivante, en multipliant ses rappuits, qui dans l'afiirmation même maintient et réserve la liberté de l'esprit. Rien ici ne saurait remplacer l'influence d'une éducation rationnelle, « dirigée de manière à exercer la réflexion propre et indépendante, à fortifier la volonté, à créer l'habitude d'une comparaison désintéressée des motifs de juger et de croire dans tous les cas possibles. Le dernier mot de cette éducation, celui qui comprend tout, quand on la creuse, est savoir douter'^ apprendre à don le r. L'ignorant doute peu et le fou ne doute jamais. »
Lorsque l'idée d'un acte à accomplir se présente à la conscience, cette idée peut se fixer, se maintenir elle-même, se repousser, évoquer toute une suite de représentations qui la confirment ou qui la nient, par là se soustraire aux lois d'une association nécessaire, définir ses propres relations. Quand on n'ajoute aucune abstraction, aucune théorie au fait psychique, c'est à cette indépendance de la représentation « automotive » que se ramène la volonté. L'analyse ne fait ici que constater le phénomène intérieur auquel répond la croyance naturelle de riiumanilé. Mais le témoignage de la conscience a ses illusions, le pouvoir libre que nous nous attribuons est-il réel ou apparent? « Une loi universelle n'enveloppe-t-elle pas les instincts, les passions, les idées, dans leur déroulement pro-
pre comme clans leurs rapports avec les fonctions physiques, de manière à prédélcrminer toutes nos volitions?^ » A cette question les philosophes ont apporté des réponses contradictoires, selon qu'ils ont été plus frappés du déterminisme des phénomènes naturels ou des conditions de la vie morale. Examinons les deux systèmes en présence : « si tout est nécessaire, si tous les actes humains sont prédéterminés, le langage universel est convaincu d'extravagance. Il est ridicule de s'exprimer comme si l'on pensait que l'événement qui a eu lieu aurait pu ne pas être, et qu'un homme pouvait agir comme il n'a pas agi -. » La science et l'opinion sont en contradiction formelle. Ajoutez que l'illusion de la liberté dans la conscience humaine a quelque chose d'étrange : comment s'expliquer « que la loi de nécessité implique la fiction de son propre renversement dans l'ordre le plus élevé des phénomènes représentatifs», qu'elle aboutisse dans la pensée de l'homme à se nier elle-même ? Dire que cette erreur est elle aussi une nécessité, ce n'est pas supprimer ce qu'elle a de monstrueux : « l'imagination, faculté bizarre, que Spinoza charge de tout le mal, est une protestation contre la vérité, et cela dans le sanctuaire même de la vérité, l'esprit du philosophe ■\ » Si tout est nécessaire, les jugements de moralité, les notions de droit et de devoir manquent de fondement dans la nature des choses ; il n'y a plus ni crimes, ni criminels; « les phénomènes sont tout ce quils penvent êtve^ et nous devrions ré former nos maximes et nos humeurs si nous le pouvions » ; la justice n'est plus qu'une exécution brutale, « on tue un ennemi, on étouffe un enragé»,