‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 86 sur 182 · IbicL, p. 5j · texte numérisé non relu

IbicL, p. 5j

3. Essai de psychologie, t. II. p. 56. « Il est étrange que l'ordre des choses se contrarie en comprenant dans ses arrêts l'apparence invincible d'une liberté de fait et l'irréductible antagonisme des doctrines, dont les unes confirment ce même ordre en niant cette liberté, les autres le nient en la confirmant ; il est inexplicable que l'universelle loi soulTre, ou plut(')t réclame l'existence d'une morale naturelle humaine qui en est la négation », p. 324.

Séailles. — Renouvicr. 13

La science n'est pas mieux sauvegardée que la morale : « l'erreur est nécessaire aussi bien que la vérité et leurs titres sont pareils, à cela près du nombre des hommes qui tiennent pour l'une ou pour l'autre, et qui demain peut changer. Le faux est donc vrai comme nécessaire, et le vrai peut devenir faux\ » Expérience commune delà vie psychologique, idées morales, vérité scientifique, tout est compromis par la thèse de la nécessité, que ne pourrait qu'aggraver une théorie fataliste du progrès qui, légitimant toute chose à son heure, achèverait l'irrémédiable confusion du bien et du mal, du vrai et du faux.

Ne nous hâtons pas de conclure que la preuve de la liberté est faite par les difficultés mêmes du système nécessitaire. « Les objections contre le système de la nécessité sont d'une grande force. Elles établissent en substance que le jugement de liberté est une donnée naturelle de la conscience et se lie à nos jugements réfléchis pratiques dont il est môme le fondement... Toutefois il n'en résulte aucune preuve logique de la réalité de la liberté'. » La preuve directe par la conscience, par le sentiment vif interne, que reproduisent sans cesse les partisans du libre arbitre, n'est pas une preuve valable. « De ce que je ne sens pas que ma volonté soit nécessitée, suit-il que je sens qu'elle ne Test pas? La non-conscience d'une contrainte n'équivaut pas à la conscience d'une non-contrainte. » (Jules Lequier.)

La spontanéité, l'absence de toute contrainte sentie, le fait d'agir volontiers, en trouvant dans sa seule nature les raisons de son acte, suffit à expliquer l'illusion du libre arbitre. « La nécessité serait alors semblable à l'escamoteur qui, de toutes les cartes du jeu qu'il nous présente ouvert, sait nous faire prendre librement celle qu'il nous a prédestinée-. » Ainsi la liberté n'est pas un fait d'expé-

Page 1