Essai de psychologie, t. II, p
intellectuel, passionnel, quand celui-ci, sans perdre son caractère phénoménal, prend la forme rélléchie. Pour comprendre la liberté, — et l'avoir comprise, dit Renouvier, c'est presque l'avoir démontrée, — il faut prendre l'homme tel qu"il est, dans la complexité de ses phénomènes intérieurs, sans le diviser en facultés qui n'existent que par l'abslracHon qui les crée, il faut maintenir que le motif est déjà vulition, parce qu'il n'y a pas un motif, oii ce qu'on appelle volonté n'entre déjà comme élément. La thèse originale de Renouvier, c'est de faire de la volition un phénomène complexe, tout à la fois intellectuel et volontaire, libre et motivé, le motif se déterminant lui-même. « Si la liberté des résolutions humaines est réelle, dit Jules Lequier, la liberté s'applique au dernier jugement qui motive l'acte libre, et non pas seulement à l'acte proprement dit d'une volonté; car il n'y a pas de volonté indifférente en matière d'actes réfléchis, et toute volition de ce genre se réclame d'une raison ou d'un motif quelconque. »
La volonté n'est pas indifférente, « elle est conforme au motif sous la représentation duquel se produit l'acte », mais les jugements qui se succèdent dans la délibération ne sont pas nécessités. « Si l'acte n'est pas nécessaire, c'est que le dernier jugement n'est pas nécessaire... Dans une vraie délibération oîi tout l'homme est en exercice, les jugements sont aussi des actions... Admettons qu'un motif est toujours voulu^ c'est-à-dire évoqué maintenant parmi d'autres motifs également possibles, et l'argumentation du déterminisme est à l'instant renversée^ . » Le libre arbitre, c'est le pouvoir d'appeler, d'évoquer des motifs, c'est « la propriété qu'a l'homme de créer, de faire sortir en certains cas des mêmes précédents donnés un fait ou le contraire de ce fait, ambigument, sans prévision possible, même imaginable; enfin de délibérer, de