Psychologie rationnelle, t. II, p
tradiclion, dans la trame même des faits la vie morale de riiiimanité \
Mais admettre le libre arbitre, n'est-ce pas admettre que des mouvements se produisent qui n'ont pas leur cause dans des mouvements antécédents, donc qu'il y a une véritable création de force, n'est-ce pas par suite ruiner la grande loi de la conservation de la force qui préside à tous les calculs des savants et que ces calculs mêmes vérifient? Renouvier résout cette difficulté, d'abord en limitant la loi, en refusant de l'ériger en une loi absolue, en second lieu en s'efforçant de concilier l'action indéterminée du libre arbitre avec les exigences du mécanisme scientifique. Dans un système mécanique la somme des forces vives est constante et ne saurait varier que par lintroduction d'un mouvement nouveau impliquant l'agrégation au système d'une force nouvelle, voilà ce que signifie le principe de conservation de la force. Dès lors il est clair que, si l'univers est assimilé à un système mécanique fermé, il ne peut s'y produire aucun mouvement spontané, la nécessité mathématique règle tout. Mais définir ainsi l'univers, c'est se concéder le déterminisme,
1. « Je crois que le fondement de l'induclion appliquée à certaines vérités universellement posées n'est pas un fondement logique. Je crois que ce n'est pas davantage un fondement métaphysique, une nécessité de la pensée comme l'entendent les partisans de l'évidence rationnelle absolue : comment alors se ferait-il que cette nécessité trouvât des intelligences rebelles, car assurément elle en trouve, et que cette évidence n'éclairât (lue des entendements choisis ? Je crois que le fondement cherché n'est autre c]ue l'assiette que se donne un esprit bien dirigé dans les affirmations qu'il juge moralement légitimes. Parmi ces affirmations, je compte celle de l'universalité de la loi de causalité pour tous les mondes imaginables, et je compte pour le môme motif une exception à cette loi en faveur des faits de premier commencement. L'e.xistence d'un premier commencement de toutes les séries de phénomènes ensemble est un fait que je m'impose de reconnaître pour n'avoir pas à subir l'infinité rétrogressive. L'existence des premiers commencements de certaines séries d'actes volontaires, l'absence par conséquent de causes elles-mêmes causées, en tète de ces sortes de séries, sont des faits dont la réalité m'est suggérée par des raisons morales. Uinduclion et l'exception de l'induction ont à mes yeux un seul et même principe : étendre les catégories de ma pensée à tous les objets de ma pensée, jusqu'au point où un jugement d'ordre supérieur vient m'iiiterdire le passage. » [Essai de logique générale, t. II, p. 241-2). C'est moi qui souligne la dernière phrase qui me paraît caractéristique de la méthode de Renouvier.
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ce n'est pas le déduire du principe de la conservation des forces vives. Ce principe « dit seulement que les mouvements une fois introduits se conservent (si des mouvements contraires ne s'introduisent pas du dehors, hypothèse toujours indispensable) , il ne dit pas que des mouvements tout à l'heure non compris dans le système n'y entreront pas un peu plus tard. I] y a pétition de principe à réclamer pour le monde, qui contient des êtres en apparence au moins capables d'improviser des mouvements, la propriété de système fermé qui convient à un ensemble mécanique brut, où, par définition, il ne pénétrera plus aucun mouvement nouveau'. » D'ailleurs linitialive du libre arbitre n'est pas inconciliable peut-être avec les lois du mécanisme. Le passage des forces de tension à l'état de forces vives, actuelles, accomplissant un travail mécanique, nous permet de concevoir la quantité de mouvement créée comme aussi petite qu'il nous plaira, et pratiquement inassignable. Un caillou qui se détache et roule suffit à produire une avalanche. Il s'agit de comprendre « comment une détente qui est de l'ordre mécanique, pourrait s'effectuer indépendamment de toute force définie mécaniquement ou, en d'autres termes, sans introduction d'aucun mouvement dans le système des mouvements donnés. La question se résout, croyons-nous, de la manière la plus simple. Dès que la moindre force suffît pour rompre un état d'équilibre parfait ou mathématique et mettre en liberté, pour ainsi dire, une quantité quelconque de force vive et accomplir un travail aussi grand qu'on peut l'imaginer, il s'ensuit que le rapport de la force causant la rupture à la force déployée par l'effet de la rupture peut être supposé aussi petit que l'on veut, descendre au-dessous d'une quantité assignée, quelque petite qu'elle soit. On peut donc affirmer, passant à la limite, que la détente est possible, sans qu'aucune force