‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 93 sur 182 · Critique philosophique, 187i, t. I, p · texte numérisé non relu

Critique philosophique, 187i, t. I, p

sensible, aucun mouvement sensible s'introduise dans le mécanisme. Donc enfin le principe de la conservation mécanique peut être maintenu, sans que l'on renonce à considérer la force psychique comme la cause du passage de certaines forces de tension de l'organisme à des forces actuelles ^ » Renouvier ne veut pas dire ici, comme on le lui a attribué, que la quantité de force à la limite devient nulle, au sens rigoureux du terme, il affirme seulement qu'on peut la concevoir comme négligeable dans nos calculs.

Ni la loi de cause, entendue comme elle doit l'être, ni la science, quand on n'en fausse pas les principes et les résultats par le préjugé nécessitaire, n'imposent la négation du libre arbitre ; on peut aller plus loin, soutenir que des deux thèses qui s'opposent, la thèse du libre arbitre est la plus probable. Cette probabilité résulte de l'apparence même, du témoignage de la conscience qui reprend sa valeur relative, dès qu'on ne prétend plus y voir la constatation d'un fait irrécusable. Elle a pour elle en second lieu toute la force des notions de moralité qui ne souffrent pas d'autre fondement. Mais on peut, selon Renouvier, dépasser ces considérations générales, trouver sinon une preuve, du moins une forte présomption de l'existence de la liberté, dans l'examen des faits dits de hasard et ce qu'on appelle la loi des grands nombres.

D'abord montrons ce qu'a d'illusoire la prétendue preuve qu'apporterait au déterminisme la statistique appliquée aux actes humains ^ Les crimes, les suicides, les mariages, ou pour prendre des faits tout accidentels, les erreurs d'adresse relevées par l'administration des postes, d'une année à l'autre, pour un même milieu social, se reproduisent en nombre constant. On peut en conclure que les actions humaines sont régies dans leur moyenne, approximativement du moins, par des lois générales. Mais y a-t-

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