‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 95 sur 182 · Psychologie l'ationnelle, t. II, p · texte numérisé non relu

Psychologie l'ationnelle, t. II, p

2. Cf. Ibid., p. 101. Science de la morale, t. II. Conclusion. Logique, t. Il, p. 241 sq. Le raisonnement de Renouvier se ramène àces termes : lelibre arbitre est probable, car, si nous le supposons réel, nous comprenons immédiatement que la loi des grands nombres nous montre un partage égal des faits de hasard qui dépendent de la volonté humaine. Ce partage égal répond aux possibilités égales qu'enveloppe le libre arbitre. Le déterminisme est contraint d'avoir recours à l'hypothèse indiix'cte des causes variables qui s'annulent. Renouvier imagine un appareil qui permettrait de mettre la liberté en expérience autant que faire se peut. Imaginons une urne contenant des boules noires et blanches en nombre égal, et supposons que le système soit disposé de manière à ne permettre que l'extraction d'une seule boule à un moment donné : tel serait le cas où les boules mues par un certain mécanisme passeraient successivement sous un orifice de grandeur convenable, d'où chacune pourrait jaillir par la pression d'un ressort obéissant à la maiji. Supposons qu'elles se meuvent uniformément et en alternant régulièrement leurs couleurs. Enfin, après chaque tirage, la boule se trouvera remplacée dans l'urne par une boule de même couleur au même lieu. Cela posé, les issues des tirages successifs ne dépendront que d'une

La thèse de la liberlc n'est démontrée par aucune loi de la pensée, elle a ponr elle l'apparence, la probabilité, mais il reste qu'elle n'est pas démontrée logiquement. Qu'est-ce qu'une probabilité ? qu'est-ce que croire? Existet-il une certitude et jusqu'où s'étend-elle? Un doute reste possible, tant que la liberté ne se pose pas elle-même par un acte de libre jugement. « L'analyse fait pencher en faveur de la liberté, contre la nécessité, la balance du jugement. Mais de quel jugement? D'un jugement libre, s'il est vrai que je délibère librement, et que je ne suis point prédéterminé à recueillir et à combiner bien ou mal les éléments de ma conviction. Alors c'est à la liberté qu'il appartient de déclarer si la liberté est ou non. Le problème de la liberté se pose donc jusque dans le fait de la solution qu'on y donne, et on voit à quel point la liberté et la vérité sont liées \ »

Nous croyons être libres, nous voudrions savoir si nous le sommes réellement, mais nous ne réussissons pas à changer cette croyance en une vérité nécessaire à laquelle aucun esprit de bonne foi ne saurait se soustraire. Suis-je libre? je ne puis le savoir de science absolue; il est vraisemblable, il est probable que je le suis: mais je

variable indépendante, le temps que l'opérateur interpose entre deux épreuves ; tout le reste est déterminé. Supposons que l'opérateur meut le ressort par une décision libre, « il est clair qu"il n'y a aucune raison possible pour que chacune de ses décisions tombe sur le temps d'une couleur plutôt que sur le temps d'une autre, c'est-à-dire qu'il n'y en a pas pour que le rapport d'égalité des probabilités respectives des événements contraires ne se vérifie point dans les nombres des extractions de chaque couleur... L'hypothèse de la liberté justifie les attentes égales, en établissant des possibilités égales, que l'hypothèse de la nécessité ne peut admettre qu'apparentes, et relatives à notre ignorance. 11 est donc naturel, au point de vue des actes libres, que la loi des grands nombres se vérifie par l'expérience, de même qu'elle s'aperi^oit a priori et se prouve par le calcul. Les possibilités respectives des événements se développent: n (Psychologie rationnelle, t. II, p. 96-8).

Page 1