‹ La Philosophie de Charles SecrétanChapitre 5 sur 90 · La P/nlosopfiie de Leib)ii:, p · texte numérisé non relu

La P/nlosopfiie de Leib)ii:, p

de cette substance ou de cette volonté de Dieu. La création e nilnlo n'a pas, ne peut pas avoir un autre sens. « Pouvez-vous mettre autre chose au fond de la substance que la volonté de Dieu? Dieu, ditesvous, et c'est le grand progrès de la pensée moderne sur l'antiquité, Dieu a créé toutes choses de rien. Mais qu'est-ce que le rien? et, si vous me permettez de m'exprimer ainsi, où y a-t-il une place pour le rien? Supposez-vous qu'avant toute création Dieu soit entouré par le néant? Cette idée ne serait guère compatible avec celle d'un esprit infini. Non, dire que Dieu a créé toutes choses de rien, c'est dire qu'il a créé, non -pas seulement formé. Messieurs, mais créé toutes choses par sa volonté, per voluntaiem suam, ex vohtntate sua, car au commencement il n'y a rien que sa volonté, et tout est plein de sa volonté. C'est une proposition comprise dans l'idée de création libre, partant dans l'idée de Dieu libre, dans noire première et unique hypothèse, que la substance, le fond intime de toute existence est la volonté de Dieu '. »

Ainsi la substance est conçue comme identique à la volonté. La création est, par suite, assimilée — ces mots ex voluntate sua l'indiquent assez clairement — à une sorte d'émanation ou de génération. Mais cette génération n'est pas nécessaire ; elle est libre d'après la nature même de la substance. Ces conceptions de la substance et de la création se retrouvent dans tous les ouvrages de Secrétan.

On a vu que l'amour est le motif de la création, que la créature, produite par amour, a été produite

i. La Philosophie de Leibniz, VIIc leçon, p. 129.

à l'image de Dieu, qu'elle était donc, à l'origine, comme Dieu auquel elle ressemblait, libre et spirituelle. Il en faut conclure, selon Secrétan, que « la création visible actuelle n'est pas la première création » ; qu'elle « suppose le mal » ; qu'elle est « postérieure à la chute » de la créature primitive, laquelle était toute esprit; qu'ainsi le véritable péché originel, détermination de la liberté de la créature dans un sens contraire à la volonté de Dieu, ne doit pas être placé sur la terre; mais que le monde matériel, et la terre, et les espèces vivantes qui Thabitent, et l'espèce humaine, sont le résultat de cette détermination malheureuse et coupable. Le philosophe, notons-le, en use librement avec la Bible, avec la dogmatique chrétienne ; il y trouve la révolte des mauvais anges, une première chute, qui est une chute de créatures spirituelles: il s'en empare et lui sacrifie entièrement le péché d'Adam et d'Eve.

Ce qui est le résultat de la chute est en même temps le moyen de la restauration. On va voir comment.

La volonté de la créature s'est mise en opposition avec la volonté de Dieu, qui est infinie, absolue. Voilà la chute. Quelle doit être la conséquence du choc des deux volontés? « Il est impossible, dit Secrétan, d'en concevoir une autre, sinon que la volonté de la créature cesse d'être, car, s'il en était autrement, la volonté de Dieu ne serait plus absolue, mais limitée, limitée par la contradiction qu'elle éprouverait. Mais la créature est faite pour vouloir. La liberté est sa raison d'être, la liberté est son essence, l'anéantissement de sa liberté est donc l'anéantissement de son essence. C'est donc la créature tout entière qui est

anéantie par ce choc des deux volontés, et cela infailliblement, irrésistiblement... Si vous supposez la créature sans liberté, vous supposez la continuation de quelque chose qui n'a plus de but. La créature subsiste, et n'est cependant plus la meilleure, puisque ce qui lui méritait ce nom, c'était la liberté elle-même. Elle n'est plus digne de Dieu '. »

Ainsi, la conséquence directe de la chute eût été l'anéantissement total de la création, si la volonté qui l'avait d'abord posée eût continué à régner sans obstacle. En fait, cependant, la créature a subsisté.

11 a donc fallu que l'infinie Hberté se posât une limite à elle-même. Occupant tout l'espace, pour ainsi dire, c'est-à-dire toute l'existence, elle eût anéanti la créature déchue, si elle ne se fût restreinte, réprimée, refoulée pour lui laisser une place. Il faut donc reconnaître qu'il s'opère dans la volonté de Dieu un dédoublement, un partage : ce Dieu continuant, d'un côté, à vouloir ce qu'il a toujours voulu, à vouloir être et manifester ce qu'il est, et par conséquent à repousser toute contradiction; et, de l'autre, restreignant cette volonté pour que la création libre continue d'exister malgré l'opposition dans laquelle elle s'est mise vis-à-vis de lui -. »

Deux volontés opposées dans la liberté absolue, dans l'esprit absolu, ce sont deux personnes. A ces deux personnes divines, dont la distinction ne commence qu'avec la chute, conviennent parfaitement les noms chrétiens de Père et de Fils. La distinction de ces deux personnes divines nous offre le vrai

Page 1