Ibid., p
moyen, le seul moyen d'expliquer la persistance de la créature libre après la chute. Le Père a produit la première création; mais, depuis la chute, son action directe et exclusive ne pourrait avoir d'autre effet que de l'anéantir. La création visible ne saurait donc lui être attribuée; « elle est bien plutôt, dit Secrétan, un rempart élevé contre son courroux, en un mot un moyen de restauration, l'œuvre du Fils ' ».
En celte œuvre de restauration, le Fils remplit un rôle d'abaissement et de soufTrance. « La douleur de Christ ne commence ni sur le Golgolha, ni même dans la crèche de Bethléem... Le commencement de la souffrance du Christ, c'est le commencement du monde. Qu'est-ce que Christ? C'est Dieu lui-même, c'est le Dieu qui consent à n'être pas Dieu, à se faire petit pour laisser une place ù notre liberté, liberté corrompue, mais qui seule pourtant peut se relever, car rien ne s'abai.-se-et ne se relève que la liberté. La grâce, l'éternelle grâce, c'est notre liberté, et il n'y a de liberté que par grâce. Christ, c'est Dieu qui souffre que la créature rebelle existe, ou qui souffre afin que la créature existe; si vous vous tenez fermes à cette idée que nul ne saurait repousser : Dieu est absolue volonté, vous reconnaîtrez la parfaite identité de ces deux expressions. La divinité de Christ et sa souffrance sont donc liées par une nécessité de la pensée aux doctrines de la liberté de Dieu et de la chute. Mais la liberté de Dieu, c'est la condition de la nôtre; la chute, c'est l'expérience universelle. La liberté de Dieu et la chute sont donc des vérités phi-