M. Boulroux, M. Rauh
sui, a des antécédents qu'il convient de rappeler. « Duns Scot, Descartes, Kant et Schelling, dit notre philosophe, ont été mes principaux maîtres '. » Il aurait pu joindre à ces noms celui de Plotin ; car c'est par Plotin, c'est dans les Ennéades, que la conception dont il s'agit a été pour la première fois exposée et même défendue contre les objections. Voici quelques passages dans lesquels, s'il les avait lus, Secrétan eût certainement retrouvé sa théorie de Dieu :
(( Les anciens ont dit, mais en termes énigmatiques, que Dieu est au-dessus de l'essence ^ Voici dans quel sens il faut interpréter cette assertion. Dieu est au-dessus de l'essence, non seulement parce qu'il engendre l'essence, mais encore parce qu'il n'est point dans la dépendance de l'essence ni de lui-même (ou oo'jÀ£U£'. oute oC/cia ouxe £7.utÔ)). Il n'a point pour principe sa propre essence ; il est au contraire luimême le principe de l'essence...
(( Mais, nous objectera-t-on, il résulte de ce que vous dites que Dieu a e.xisté avant d'avoir exi-sté {■KçXv ^ ys^îG^ia'. Y£Yov£V7.c) : car, s'il s'est fait lui-même, d'un côté en tant que c'est lui-même qu'il a fait, il n'existait pas encore, et d'un autre côté, en tant que 3'est lui qui a fait, il existait déjà avant lui-même, puisque ce qui a été fait, c'est lui-même.
« Nous répondrons à cette objection qu'il faut ionsidérer Dieu, non en tant qu'étant fait (-taxa tôv TO'.ouacvov), mais en tant que faisant fxaTà tov ttcouv-:-/',
1. Ln Philosophie de la llherlé, préface de la première édition.
2. IMolin fuit ici allusion à ce mot de Platon : « Le Bien n'est tas l'essence, mais quelque chose fort au-dessus de l'essence. » liéimblique, iiv. VI.)
et concevoir que l'acte par lequel il s'est fait est absolu [ir.oA'jxov t>,v -oir,7'.v xùroj) : Car l'acte de Dieu (ivc'pyeia aôroù) n'aboutit pas à la production d'un autre être; il ne produit rien que lui-même, il est lui tout entier; il n'y a pas là deux choses, mais une seule. Il ne faut pas craindre d'admettre que l'acte premier (îvipys-.z r, -pcÔT-r,) n'a point d'essence, mais il faut considérer l'acte de Dieu comme étant sa substance même (-j-ÔGTacr'.v). Si l'on séparait en lui la substance d'avec l'acte, le principe parfait par excellence serait incomplet et imparfait. Lui ajouter l'acte serait détruire son unité. Ainsi, puisque l'acte est plus parfait que l'essence, et que ce qui est premier est ce qu'il y a de plus parfait, ce qui est premier est nécessairement acte...
(( Il est donc un acte qui n'est point dans la dépendance de l'essence, un acte absolument libre (xaO-xscô; ÈÂî'jOi:::); ainsi il est lui par lui-même (-ap' aO-oti aùtôî). S'il était conservé dans son existence par un autre principe, il ne serait pas lui-même le premier procédant de lui-même (ttocotoç aO-ô; Iç auToû). Si l'on a raison de dire qu'il se contient lui-même, c'est que c'est lui qui se produit lui-même (Trxpaywv éauTov), puisque, ce qu'il contient naturellement, il l'a fait exister dès l'origine. S'il y avait un temps où il eût commencé d'être, on pourrait dire dans le sens propre qu'il s'est fait lui-même. Mais, puisqu'avant tous les temps il était ce qu'il est, il faut, lorsqu'on dit qu'il s'est lait lui-même, entendre par là qu'avoir fci'l et lui-mêiiw sont inséparables : car son être (t6 ïlv-y-t) est identique à l'acte par lequel il s'est fait (t-^ -oir^ct), et, si je puis m'exprimer ainsi, à sa îjonér.ition éternelle vsvvrcst à'oîoj)...
« Si Dieu est parfaitement libre, on ne saurait concevoir en lui rien qui ne soit libre; il est donc tout entier librement en lui-même. Quelle chose lui appartient qui ne soit lui-même? Qu'y a-t-il en lui qu'il ne fasse? Qu'y a-t-il en lui qui ne soit son œuvre? S'il y avait en lui quelque chose qui ne fût pas son (l'uvre, il ne serait point parfaitement libre et tout-puissant...
« Dieu pouvait-il donc se faire autre qu'il ne s'est fait? — En Dieu, la puissance ne consiste pas à pouvoir les contraires ; c'est une puissance constante et immuable, dont la perfection consiste précisément à ne point s'écarter de ce qui est un... Il faut que ce que nous appelons l'acte par lequel Dieu s'est fait existe une fois pour toutes : car cet acte est parfait. Qui pourrait changer un acte qui a été produit par la volonté de Dieu, un acte qui est sa volonté même? — Mais comment cet acte a-t-il été produit par la volonté de Dieu qui n'existait pas encore (y-Vj-w ovtc;)? — Qu'est-ce donc que la volonté de Dieu si l'on ne reconnaît pas qu'il veut par cela seul qu'il subsiste?... Tout en lui était volonté; il n'y avait rien en lui qui ne voulût, rien qui fût par conséquent antérieur à sa volonté -po So'jÀy.TEto; . Donc, dès le principe la volonté était Dieu même r, Co'j/.r.Tir -/'jtô;) ; par suite Dieu est comme il a voulu être et tel qu'il
l'a voulu (w; looûÀsTO '/.'A ocov hoo'jÀîtoi ^ »
Remarquons cette dernière phrase : c'est la formule même de Secrétan. Le philosophe suisse n'explique pas autrement que le philosophe grec comment de la volonté par laquelle Dieu est cause de