‹ La Philosophie de Charles SecrétanChapitre 67 sur 90 · Ibicl., part. I, qutrst. xiv, art · texte numérisé non relu

Ibicl., part. I, qutrst. xiv, art

monde n'y puisse prétendre ; il faut donc qu'elle soit intemporelle. « La notion du temps est une abstraction de l'imagination, comme Kant l'a fort bien aperçu. Mais, sans se débarrasser tout à fait de l'imagination, la raison en triomphe, ou du moins la contredit, elle a reconnu de bonne heure que Dieu ne saurait être soumis au temps.... Son existence n'est pas successive, mais simultanée, comme son intelligence. Il est à la fois tout ce qu'il est *. »

Secrétan ne se borne pas à aflirmer l'éternité simultanée et intemporelle; il s'efforce de l'expliquer par la nature de l'esprit. Elle caractériserait, selon lui, l'absolue perfection mentale; la distinction, en la pensée, en la connaissance, du passé, du présent et de l'avenir résulterait de l'imperfection des esprits créés; il y aurait antagonisme entre l'esprit et le temps. « L'esprit que nous connaissons, dit-il, n'est pas l'esprit véritable, dans la plénitude de sa réalité... Rien ne s'effacerait dans une mémoire sans oubli, dans une mémoire qui serait la mémoire. L'esprit prévoit : pour l'esprit conforme à son idéal, la prévision serait sans erreur et sans borne. Pour un tel esprit il n'y aurait pas de succession 2. »

Dans un ouvrage publié longtemps après son Cours de Lausanne, il déclare que l'on ne peut (( soumettre l'esprit absolu à la loi du temps, après avoir constaté dans le relatif et dans le fini que les notions de temps et d'esprit sont antagonistes ». « L'esprit, dit-il, est mémoire, et l'essence de la mémoire, c'est la négation du temps. Concevez sans

1. L't l'kilùsophie de la liherU-, T édit., l. II, leçon v, p. 124.

2. La l'hilosopliie de la liberté, 2' édit., t. 1, leeoii xvii, p. 402.

restriction les facultés mentales dont l'expérience VOUS suggère l'idée restreinte et contredite, par là même vous faites évanouir le temps, et, avec le temps, la succession et le nombre K »

Enfin, dans une Note sur le néo-criticisme, qui est, peut-être, le dernier de ses écrits, il revient encore sur le sujet, alléguant en .faveur de l'éternité simultanée l'idée d'un esprit parfait où est nécessairement comprise celle d'une mémoire et d'une prévision parfaites. « Il se peut, dit-il, qu'on ait tiré du temps la notion de l'éternité; pour notre compte nous voudrions nous y élever par la considération de l'esprit. Une mémoire sans oubli, une prévision claire, certaine, complète, ne serait-ce pas la duratio tota simiiVl Et n'est-ce pas le propre de la métaphysique de prendre les mots dans la plénitude et dans la pureté de l'idée qu'ils expriment, sans les restrictions, sans les négations de l'expérience concrète, sans les contradictions du fini -? »

Cet essai d'explication n'est vraiment pas heureux. Nous ne comprenons pas que Secrétan ait pu en être satisfait. Est-il possible d'énoncer cette proposition : La mémoire est la négation du tenips^ sans y voir aussitôt une contradiction? Est-ce que la mémoire n'implique pas l'idée du passé, par conséquent celle de différence de temps, par conséquent celle du temps? Écoutons Aristote : « La mémoire ne s'applique pas à l'avenir : c'est l'objet de la divi-

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