La Philosophie de la liberté^ p
fondent. Le mot création désigne une production réelle, qui cependant n'apporte aucune modification chez son auteur. L'idée de création, pressée à la rigueur, implique donc en elle même que la création n'a pas sa raison d'être dans l'agent, en d'autres termes qu'elle est gratuite; et si elle n'a pas sa raison d'être dans le créateur, sans être toutefois dépourvue de motif, il faut chercher ce motif dans la créature, c'est-à-dire que la création est une œuvre d'amour *. »
I j La conclusion de cette analyse est le dilemme suivant : « Une fois qu'on admet l'éternité de l'être parfait, il faut ou le condamner à l'immobilité absolue et nier toute production réelle, sauf à expliquer tant bien que mal la production apparente; ou bien il faut arriver à la doctrine de la création libre et de l'amour gratuit -. » Ou l'éléatisme, ou la philosophie secrétaniste de la liberté.
Quelle idée maintenant doit-on se faire de la créature? La créature est voulue pour elle-même : cela veut dire qu'elle est voulue comme but; donc elle est son propre but; donc elle est libre. « Les buts dans la nature ne sont que des moyens et des symboles ; l'être libre seul est véritablement son propre but; l'être libre a seul le droit et la puissance de dire : je suis; et si la créature ne pouvait pas dire : je suis, elle ne serait rien pour elle-même; elle ne pourrait donc pas, cela est trop évident, être voulue pour elle-même. En un mot, l'être libre est le seul
1. La Philosophie de la liberté, 2" étlit., t. 1, XYUl" levon, p. 458.