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être véritable... Ainsi lidée essentielle de l'être créé est encore la liberté. L'amour pris en lui-même est la liberté faisant acte de liberté; considéré dans son elTet, c'est la liberté posant la liberté. L'amour créateur, la liberté créée : tels sont les deux acteurs du drame universel. »
Prenons garde que, dans la théorie secrétaniste de l'absolu, ces mots : amour créateur, liberté créée, sont parfaitement justifiés. L'absolu est tout; il ne peut donc rien ajouter à sa réalité; il ne peut donc créer sans retrancher, sans séparer de son être quelque chose qui en soit indépendant, c'est-à-dire qui soit une liberté autre que la sienne; il faut donc qu'il se limite, qu'il se rabaisse pour faire place à cette liberté. L'acte créateur ne peut donc être qu'un libre sacrifice.
Avec la liberté créée apparaît la distinction du fait et du droit, l'ordre moral. On peut dire de la création qu'elle est la sphère du droit et du devoir. (( L'être libre n'est tel que parce qu'il se fait luimême ce qu'il est. La créature est donc appelée à se faire elle-même ce qu'elle doit être. La création d'un être libre est un appel : par le fait même que la créature est libre, elle est mise en demeure d'agir, de vouloir. Elle n'existera véritablement que lorsqu'elle aura voulu. La création d'un être libre est un engendremenl, c'est-à-dire la production d'un germe destiné à se réaliser lui-même par son activité '. »
Ainsi la créature libre est appelée, c'est-à-dire obligée moralement à se vouloir libre. Sa liberté a une loi, la loi de veiller à sa propre conservation, à
1. La Philosophie de la liberté, 2*' édit., 1. 1, leçon XX, p. 470.
sa propre réalisation. « La créature libre se trouve, par le fait même de sa création, assujettie au devoir... La créature peut détruire sa liberté, elle doit la conserver; l'acte qui lui confère l'existence et la liberté lui impose le devoir de conserver, c'està-dire de réaliser la liberté qu'elle a reçue. Ce devoir résume en lui tous les devoirs ^ »
Cette réalisation de la liberté, qui est le devoir de la créature, présente un caractère antinomique. D'une pari, il faut que la créature se pose, se reconnaisse, se veuille elle-même comme distincte de Dieu. D'autre part, comme la volonté est la substance, la racine de l'être, la créature ne pourrait être séparée de Dieu par sa propre volonté sans être séparée de lui dans sa substance, dans la racine de st)n être; ce qui, en raison de l'unité substantielle, est inconcevable. L'anéantissement serait l'inévitable conséquence de cet acte de séparation. Pour résoudre cette contradiction, il faut que la créature veuille Dieu en même temps qu'elle se veut elle-même. Il faut qu'elle se distingue de Dieu pour s'unir à lui. Mais se distinguer d'un être en s'unissant à lui par sa volonté, qu'est-ce autre chose que l'aimer? Ainsi l'amour de Dieu est la loi de la créature, comme Famour de la créature est le motif de l'action créatrice. « La loi suprême est un reilet du fait suprême \ » L'amour attendant l'amour : voilà le sens de la création.
Par l'amour de la créature pour son auteur, le but de la création est atteint : tous les problèmes de la