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pensée sont résolus, ce Dieu s'est enrichi, s'étant donné la seule chose qui possède une valeur réelle. Lui, l'absolu, qui de son essence est tout, s'abaisse, en créant, à la sphère des relations; il consent à n'être pas tout, pour redevenir tout par le fait de la créature. Il consent à devoir quelque chose à la créature, et, merveille ineffable, il y réussit, car l'amour a toujours du prix. Dieu dans le mystère de son essence éternelle, — Dieu se limitant lui-même pour donner place à l'existence, à la liberté finie, et contredisant ainsi sa propre nature, parce qu'il est plus grand que sa nature, — Dieu se rétablissant dans l'absolu, sans toutefois absorber la créature, à la fois tout et seigneur de tout : tels sont les trois termes que l'amour unit incessamment . La formule de Hegel : l'affirmation, la négation et la négation de la négation; l'harmonie se réalisant par le contraste, cette admirable logique de tout développement, de toute histoire et de toute vie n'est qu'un pale reflet du rapport réel entre Dieu et le monde '. »
Mais la créature a violé sa loi : appelée à déterminer sa nature et à réaliser sa liberté, elle s'est constituée en dehors de Dieu; elle s'est voulue pour soi-même, et non pour Dieu. C'est en quoi consiste le mal. La condition actuelle de l'homme, qui n est évidemment pas celle d'un être créé dans une intention d'amour, suppose cette détermination initiale de la liberté créée; en d'autres termes, elle ne peut s'expliquer que par la chute. La chute est prouvée, non seulement par la faiblesse, le besoin, la souf-
1. La Philosophie de la liberté, 2* édit., t. I, XV leçon, p. oOO.
france qui assaillent l'homme à son berceau, avant toute faute personnelle, mais encore et surtout par la prédisposition intérieure et extérieure à commettre le mal '. Elle ressort des deux faits suivants : « Dans le monde actuel, le mal moral s'impose à la volonté des individus; les conséquences du mal moral pèsent sur les individus indépendamment de
leur volonté '. » ,^ „ «• ^ Ar. lo
A l'ori£;ine, la créature était une. Par 1 effet de la chute elle s'est divisée; et de cette division proviennent la nature et Ihumanilé, c'est-à-dire la multiplicité des êtres qui forment le monde actuel. La solidarité incontestable qui lie ces êtres atteste l'unité primitive de la créature. Mais cette unile peut se déduire a priori de l'unité de la volonté créatrice, laquelle est impliquée elle-même par le caractère absolu sans lequel nous ne saurions la concevoir « Tout ce qui se lie dans la pensée n'est au fond qu'un dans la réalité. Pour l'esprit philosophique, qui vit de l'infini, cette proposition est un axiome, c'est une donnée élémentaire. Il ne s agit pas de la révoquer en doute, mais de l'expliquer, de la subordonner au système de la liberté divine en l'arrachant au panthéisme, dont elle fait le crédit, parce qu'elle en est la vérité =■. »
D'ailleurs, la thèse opposée n'aurait pas de sens. « Le nombre, à lui seul ne fait pas la richesse. Une pluralité de termes absolument identiques est inadmissible, parce qu'elle ne répondrait à aucune ic'ee.