‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 19 sur 70 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Morale.

Charles Secrétan a exposé sa doctrine morale en divers écrits : Recherches de la méthode (1857); la Raison et le Christianisme (1863); Discours laïques (1877); plus systématiquement et plus complètement dans le Principe de la morale (1884). Mais on peut dire de sa philosophie qu'elle se rapporte tout entière à l'éthique. Ce qu'il cherchait, à l'origine, dans sa spéculation métaphysique, c'était un principe des choses qui fût compatible avec le devoir et la liberté humaine et qui en rendit compte. L'objet de la PhilosopJiie de la liberté est de montrer ce principe dans la liberté divine. La construction dialectique de la liberté première et absolue devait servir d'introduction à l'étude de la mo.rale '.

On a vu que la métaphysique de Secrétan est une théorie philosophique des grands dogmes chrétiens.

1. Secrétan a soin de le rappeler dans la préface de la première édition et dans celle de la troisième édition de la Philosophie de la liberté.

Sa morale est une théorie philosophique de la morale chrétienne. Kant nous a appris à distinguer la forme, c'est-à-dire le caractère impératif, et la matière, c està-dire l'objet, le contenu de la loi morale. La forme de la loi morale chi^étienne, c'est la volonté divme, le commandement divin; sa matière, c'est la chante, l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Secrétan ne met point en doute cette forme et cette matière de la loi morale chrétienne : il s'agit, pour lui, de les justifier devant la raison.

Il constate tout d'abord, en Thomme, le sentiment d'une obligation intérieure, et ce sentiment, auquel nous sommes contraints de reconnaître une autorité péremptoire, ne peut s'expliquer, à ses yeux, que par lavolontédivine.cc Une obligation, dit-il, ne se conçoit

pas sans un être qui oblige; une loi de la liberté suppose un législateur, une sentence suppose un juge. N'eussions-nous aucun autre moyen de connaître Dieu, ce qui est bien possible, nous le connaîtrions par le cri de notre conscience... La loi du devoir écrite dans notre cœur nous atteste notre dépendance ; elle nous révèle l'existence d'un principe supérieur à l'humanité *. »

Aux philosophes qui allèguent que la liberté a sa règle en elle-même, et qu'on ne saurait donc conclure du sentiment de l'obligation à l'existence d'un être envers qui l'on soit obligé, Secrétan répond que 1 idée d'obligation n'est pas logiquement comprise dans celle de la liberté, qu'elle s'y ajoute, s'y superpose, et qu'il est impossible de l'en déduire.

« Il y a une r ègle inhérente à la liberté dans ce sens

1. La Philosophie delà liberté, 2^ cdit., t. 1, 1'* leçon, p. 11.

MORALE

que, pour se maintenir, pour se développer, pour se réaliser pleinement, la liberté doit se conformer à cette règle. Ou bien la liberté l'accomplira, ou bien elle se mettra en contradiction avec elle-même; elle se détruira, elle s'anéantira. Mais pourquoi la liberté, la faculté de faire ou de ne pas faire serait-elle obligée de se conserver, pourquoi ne pourrait-elle pas s'anéantir? L'expérience atteste qu'elle en a le pouvoir, et vous le reconnaissez, mais vous lui défendez d'en user. De quel droit? — Apparemment du droit de la raison : il est absurde que la liberté se contredise et se suicide. — Mais pourquoi voulez-vous que la liberté ne soit pas absurde? Cette interdiction que vous prononcez n'est pas comprise dans l'idée pure et simple de la liberté. En réalité, vous ne partez pas de l'idée de la liberté pure et simple, vous partez de l'idée de la liberté chargée de l'obligation de se maintenir et de se réaliser; votre analyse a ramené la richesse de la vérité morale à l'abstraction de la vérité logique, vous avez montré que tous les devoirs de la volonté libre se résument pour elle en un seul devoir, celui de ne point se contredire; mais en revanche, vous avez revêtu le principe de la vérité logique d'un caractère moral qui demeure absolument inexpliqué. .. Vous avez escamoté l'obligation. L'obligation, que vous prétendiez faire sortir de la volonté, plane toujours au-dessus d'elle. Votre principe ne peut pas s'écrire : Je suis liberté, mais seulement : La liberté doit être '. »

Mais, dit-on, de ce que l'obligation ne peut s'expliquer par la liberté même où elle serait comprise, il

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