La Philosophie de la liberté, p
ne suit pas qu'elle dérive nécessairement de la volonté divine. Gomment le devoir prendrait-il son origine dans la volonté d'un être supérieur, sans cesser d'être la propre loi de notre nature, d'être essentiel à l'homme, en un mot d'être le
devoir? ,
Ici le philosophe fait intervenir l'idée de création.
Sans l'idée de création, l'idée de devoir manque de base, (c II est, assurément, illusoire de chercher notre loi dans une volonté juxtaposée à la nôtre, dans la volonté d'un être extérieur à nous, qui, par supposition, subsisterions de toutes pièces, constitués spirituellement et physiquement indépendamment de lui. Une volonté semblable ne nous touche point; pour que nous la connussions, il lui faudrait se déclarer à nos sens externes, comme il faudrait des motifs extérieurs et sensibles de crainte, d'espérance ou d'affection pour nous engager à lui obéir. En plaçant la règle de notre conduite dans une volonté pareille, nous renoncerions à ce gouvernement de la raison par elle-même qui est la fonction propre de l'être moral ' » Mais l'idée de création mène à une conception toute différente. C'est comme créatrice que la volonté divine peut nous obliger, a Dans la supposition que l'homme fût une créature, sa raison serait l'œuvre de Dieu, sa raison serait la manifestation de la volonté créatrice à son égard. Il trouverait donc en lui-même, comme expression de sa propre essence, la loi de son activité, il posséderait ainsi la plus entière autonomie; mais il réussirait à s'expliquer, par la divinité de son origine, la merveilleuse faculté qu il
1. La Philosophie de la liberté, 2^ édit., t. II, T' leçon, p. 3.
possède de se donner à lui-même une loi dont il n'est plus le maître de s'affranchir *. »
Cette vue sur le rapport des deux idées de création et d'obligation — celle-ci postulant celle-là comme la condition sans laquelle elle perdrait toute réalité — se retrouve, avec de beaux développements, dans les Discours laïques :
c( L'homme se croit et se sent libre de ses actions; mais sa liberté est affectée d'une loi. Une voix parle au dedans de lui : il peut en suivre les directions ou les négliger, mais ce qu'il ne peut pas faire (au moins directement), c'est de s'approuver lui-même lorsqu'il les néglige. De ce point jaillit une grande lumière sur la nature de Ihomme et sur sa position dans l'univers. A la clarté de la conscience j'aperçois distinctement que l'homme n'est pas le résultat de forces aveugles, mais qu'il est, au sens précis, une créature ; je constate le mystère de la création et je comprends le dessein du Créateur. Le pouvoir créateur est une volonté morale : telle est la conviction qui s'exprime sous le nom de Dieu. Il n'y a d'obligation qu'envers quelqu'un. Ainsi la volonté de Dieu se manifeste en nous par la conscience , la conscience proclame l'existence de Dieu -. »
Secrétan insiste sur cette proposition, fondamentale dans sa théorie de la forme du devoir, que, si nous sommes réellement obligés, nous le sommes n écessairement envers quelqu'un. Il la précise, l'approfondit, s'applique à réfuter les objections. « Mais n otre créancier, dit on, c'est nous-même. Je l'entends