‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 21 sur 70 · Discours laïques, p · texte numérisé non relu

Discours laïques, p

MORALE

bien ainsi, et c'est pourquoi j'ai dit tout à l'heure que la conscience nous instruit du mystère de la création. Je ne crois pas que Dieu soit éloigné de chacun de nous : son amour est toujours présent, lors même qu'il se manifesterait par le déchirement intérieur et par les châtiments les plus sévères. — La conscience m'oblige envers moi-même. — A la bonne heure! Il y a donc en moi des fonctions d'inégale dignité. Il y a une partie de moi-même envers laquelle une autre est obligée, et cette partie obligée, c'est le vrai moi, l'être libre, Têtre responsable, la volonté. Qu'est-ce à dire, sinon qu'il y a en moi quelqu'un de plus grand que moi, sinon que Dieu est en moi? Et nous n'avons pas chacun notre Dieu particulier : le principe supérieur envers lequel je me sens lié n'est pas différent de celui qui vous oblige, puisqu'on dépit de nos divergences d'opinion, nous savons pourtant qu'il n'y a qu'un bien moral, le même pour

tous ^ »

Il y a des philosophes qui reconnaissent bien dans l'ordre moral un principe universel et absolu, mais qui n'y voient qu'une loi pure sans une volonté pour rédicter et pour la soutenir. Ou la loi morale, disentils, est l'expression de notre nature, sans rien qui aille au delà ; ou elle est le commandement d'un mailre, lequel ne peut être connu que par une révélation matérielle et auquel on n'obéit que par la crainte d'un châtiment ou l'espoir d'une récompense. Il tant choisir entre ces deux conceptions qui s'excluent l'une l'autre : si la loi morale n'est qu'un commandement extérieur, et relativement à nous arbitraire, elle

i. Discours laïques^ p. 302.

MORALE

ne saurait satisfaire aux besoins de notre nature et n'explique point notre conscience.

Secrétan n'admet pas ce dilemme ; aucune des deux alternatives ne lui paraît satisfaisante. L'obligation morale, dit-il, est toutensemble un ordre péremptoire et l'expression de notre nature; c'est ce que l'hypothèse de la création fait aisément comprendre en assignant la môme volonté pour origine à la loi morale et à notre nature. « Supposez qu'il y ait réellement un Dieu, supposez que vous soyez une créature de Dieu, et voyez comment les choses se présenteront de ce point de vue : Dieu, qui est par supposition l'auteur de la loi morale, est aussi par supposition l'auteur de votre nature primitive, essentielle. Pourquoi difléreraient-elles l'une de l'autre, et comment pourraient-elles se contredire?... Demander que la volonté se donne la loi à elle-même est une exigence contradictoire, si Ton entend parler de la volonté individuelle. Le libre arbitre ne saurait prescrire la loi, il ne peut que la suivre; c'est la raison qui dicte des lois à la volonté, et celte raison, c'est la loi de Dieu en nous, cette raison, c'est, en dernière analyse, la volonté de Dieu qui nous constitue... Ainsi la conscience morale manifeste réellement ce qui fait le fond de notre être, précisément parce qu'elle est la voix de Dieu parlant en nous, l'intime révélation de Dieu, que les révélations extérieures, historiques de sa volonté ne sauraient avoir pour objet que de redresser et d'afïermir. Raison pour nous, volonté en Dieu, la loi que la conscience révèle est l'acte môme de Dieu qui constitue la substance et le fond de notre être... La conscience est à la fois un commandement intime à nous et supérieur à nous, parce que nous

sommes des créatures, et que la créature ne subsiste que par le Créateur et dans le Créateur. Le fait de la ■ création s'atteste en nous par le fait de la conscience, attendu que hors de la création il est impossible d'expliquer le fait de la conscience sans le dénaturer d'une manière ou d'une autre *. »

Notons que Secrétan, qui rapporte, en nous, la loi morale à la raison, qui la juge dictée par la raison à la volonté, ajoute que cette raison est, en nous, la volonté de Dieu. Raison pour nous, volonté en Dieu! Il ne dit pas : Raison pour nous, raison en Dieu. Sur ce point sa pensée n'a pas varié. R l'exprime dans le Principe de la morale avec la même force que dans les Discours laïques :

(( La perception du devoir est un motif d'action, une impulsion qui se produit dans une direction déterminée. Cette impulsion vient d'une force; cette voix intérieure qui commande est l'expression d'une volonté. Kant l'a compris; il appelle autonomie delà volonté ce que d'autres nommeraient, d'un mot peutêtre moins profond, mais plus clair en apparence, autonomie de la raison. Cette volonté qui agit en moi sans être pourtant, je le sais trop bien, ma volonté particulière et personnelle, cette volonté qui pesé sur la mienne et qui prétend lui commander, je crois qu'elle pèse aussi sur mes semblables, une voix pareille à celle que j'entends intérieurement leur parle aussi, et leur tient le même langage. D'où vient cette voix? Une puissance agissant intérieurement, ' une volonté commune aux divers individus, distincte des individus, supérieure aux individus, qui a le bien

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