Voyez VAnnée philosophique de 1869 (in-12, Fischbacher
p. 386 et siiiv.
de cette liberté, en d'autres termes, que Dieu n'est pas tenu par sa nature morale, par ses attributs moraux, à vouloir et à faire le bien, mais que ce qu'il veut et fait est bien parce qu'il le veut et le fait. Il a compris qu'entre l'autonomie de la volonté et l'autonomie de la raison il y a la distance qui sépare la métaphysique de Descartes de celle de Malebranche et de Leibniz. On a vu pour laquelle de ces deux métaphysiques il avait pris parti dès l'origine. Ce n'est pas contre la formule kantiste qu'il pouvait avoir des objections.
Secrétan a établi que dans l'impératif de la conscience est contenu implicitement le commandement divin, et donc que, sur la forme de la loi morale, l'accord est complet, profond, entre la philosophie et TEvangile. Il passe à montrer que le même accord existe sur la matière du devoir. Il explique, en la fondant sur la connaissance expérimentale et métaphysique de la nature humaine, la charité prescrite par l'Evangile, l'amour de Dieu et l'amour du prochain, en lesquels, d'après l'Evangile, se résument tous les commandements. Il est convaincu que la morale concrète ne peut être qu'une théorie de la charité. Cette théorie tient une place importante, la première place dans tous ses livres; on peut dire qu'elle lésa inspirés. On en voit les grandes lignes invariables, brillamment tracées, dans la Philosophie de la liberté, dans les Recherches de la iiiéthode, dans la Raison et le Christianisme. Mais c'est dans le Pri^icipe de la morale qu'elle a reçu la forme la plus scientifique. C'est
MORALE
donc surtout en cet ouvrage qu^il nous faut suivre la pensée qui l'a construite et les raisonnements sur lesquels elle s'appuie.
Le principe de la morale, selon Secrétan, a deux sources en notre esprit, renferme deux éléments : un élément rationnel ou apriorique et un élément expérimental. L'élément apriorique est le devoir ou 1 oblirration, qui suppose le libre arbitre. « La conscience du libre arbitre et le sentiment d'une obligation forment les conditions de la pensée morale, parce que ce sont les conditions de l'activité pratique ellemême '. » . j. , •„
Il est vrai que la liberté ne peut être démontrée.
Mais le déterminisme universel ne peut rètre davantage. Ce sont deux hypothèses : la première est nécessaire à la vie morale, la seconde à la recherche scientifique. Il faut choisir entre ces deux hypothèses contradictoires, donc ou nier, avec la morale, la liberté ou bien mettre des limites à l'induction scientifique dont le déterminisme est le principe. Secrelan opte pour l'hypothèse qu'exige la raison p.-at.que. « Si la science absolue était accessible à nos facultés et réalisable par nos méthodes, le déterminisme absolu serait une vérité ; or, nous devons nous conduire dans la science comme si la science absolue était possible, parce que nous ne saurions lui tracer d'avance une limite sans nous mutiler nous-mêmes. Mais la science absolue est-elle effectivement possible'» On ne le démontre pas le moins du monde, et toute l'apparence parle en sens contraire. Nous voyons donc dans le déterminisme un postulat de la curiosité