Le Principe de la morale, p. ~ii
scientifique, ou, pour parler la langue de Kant, un postulat de la raison pure, qu'il est essentiel de reconnaître, mais qu'il n'importe pas moins de limiter à son emploi légitime. La liberté ne se démontre pas; le déterminisme ne se prouve pas davantage. La vie morale se développe dans la croyance à la liberté; la science se développe dans l'hypothèse déterministe. L'intérêt delà morale plaide pour la liberté; l'intérêt de la science théorique plaide pour la nécessité. Voilà comment la question semble se poser. Qu'est-ce qui Importe le plus à l'humanité, est-ce la réalisation de l'idéal moral? est-ce l'achèvement de la science?... Pour moi, j'ose penser, avec Kant, avec Pascal, avec Paul de Tarse et le gros des simples, que l'original vaut plus que l'image. Le savoir m'apparaît non comme un but absolu, mais comme un moyen pour l'édification du monde, dont les dernières raisons et les fins suprêmes sont d'ordre moral. Le fond de tout est à mes yeux volonté; la conscience, le procédé suivant lequel la volonté prend possession d'ellemême; la perfection de la volonté, la perfection de l'être et le but de la science. Je crois à la primauté de la raison pratique, et je vote librement en faveur de la liberté *. »
Sans doute l'enseignement moral conserve sa raison d'être, même dans la conception déterministe, si l'agent se croit libre au moment où il agit. Mais le déterministe est contraint de mener une double vie et de se démentir lui-même à chaque instant : il agit comme s'il se croyait libre, tout en sachant que cette croyance est une illusion. C'est une illusion qu'il lui