‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 36 sur 70 · Le Principe de la morale, p · texte numérisé non relu

Le Principe de la morale, p

naissent ne s'incorporent-elles pas dans les organes et ne passent-elles pas aux descendants à litre de particulaiités naturelles? Ne transmettons-nous pas à nos enfants l'héritage de nos vertus et de nos passions? Et n'est-il pas aisé de se convaincre, si l'on y regarde de près, que cette seconde nature, l'habitude, forme, sinon le tout, au moins la plus grande partie de la première?

« Acquise ou primitive, la nature joue indubitablement un rôle dans la détermination de notre activité morale. Et qui dit nature dit e.^pèce : ce sont deux mots pour une même idée. Les ditrérences individuelles proviennent des germes, c'est-à-dire du mélange de sangs déjà mélangés eux-mêmes. Pour contester la solidarité morale, il faudrait oser dire que les dispositions naturelles et les dispositions acquises, que les influences acceptées et les influences subies n'entrent pour rien dans noire conduite. On n'y songe pas; mais on ne songe pas non plus à se demander jusqu'à quel point ces évidences sont compatibles avec l'individualisme induit de la première apparence ou transmis lui-même par la tradition *. »

La solidarité matérielle et morale qui unit les hommes ne peut s'expliquer que par l'unité substantielle de l'espèce. Mais cette unité se heurte à diverses objections. D'abord au préjugé des sens : nous sommes portés à confondre l'unité de l'être avec celle de la ligure, c'est-à-dire avec l'apparence de la continuité dans l'espace. L'individualisme, que soutenaient les nominaux, résultait de cette confusion.

MORALE

A quoi Secrétan répond, comme les réaux, que la raison n'est pas dupe de l'apparence sensible, qu'elle saisit et affirme des réalités qui échappent aux sens, en un mot, qu'elle voit l'espèce là où les sens ne perçoivent qu'individus.

Une autre objection, plus forte, se tire de la conscience psychologique. On ne peut nier que la conscience ne soit individuelle. Je me sens exister, vous vous sentez de même, donc nous sommes

deux.

Oui, nous sommes deux, répond le philosophe, mais dans quel sens, et jusqu'à quel point, voilà la question. Nous sommes deux, suit-il de là que nous ne soyons pas un? L'individualité de la conscience ne peut être alléguée contre l'unité substantielle de l'espèce, parce que cette individualité est purement <( formelle », parce qu'elle n'est « après tout qu'une sensation, pour ne pas dire la borne d'une sensation, un phénomène d'une souveraine importance assurément, mais dont on ne saurait saisir la portée véritable qu'en le considérant dans ses rapports avec

tous les autres * ».

« La conscience n'est qu'une forme, identique en chacun de nous. La forme n'importe pas seule. Examinons la matière : eh bien, dans la même langue que nous avons reçue ensemble de nos pères, nous exprimons les mêmes opinions, les mêmes sentiments, qu'ils nous ont pareillement transmis avec leur langage. Nos pensées ne sont point à nous; nos inventions sont des réminiscences; toutes les con- ;sciences sont des instruments plus ou moins d'accord,

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