‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 37 sur 70 · Le Principe de la morale ^ p · texte numérisé non relu

Le Principe de la morale ^ p

PlLLON.

MORALE

OÙ le même air se répète. Qui connaît l'un, connaît

l'autre '. »

Secrétan avait déjà soutenu éloquemment, dans un écrit antérieur, que la conscience, en raison de son caractère tbnuel, ne peut être invoquée par l'individualisme; que sous cette forme, la conscience, par laquelle les individus sont distincts et séparés, tout nous porte à reconnaître l'unité du fond, lunilé humaine.

(( Cette conscience, identique en tout être pensant, et qui le pose comme une unité rigoureusement circonscrite, en opposant le ynoi au non-moi et le je au toi, cette conscience n'est qu'une forme; Kant l'a déjà dit. Il ne faut pas s'arrêter à la forme, il faut regarder ce qu'elle contient. Nous avons conscience de notre particularité, oui, sans doute; mais nous la sentons comme une limite et par conséquent nous tendons à la dépasser. Nous voulons vivre dans les autres, et il nous plaît qu'ils vivent en nous. Nous voulons nous répandre; nous voulons rompre le sceau fatal imprimé sur notre ûme, car c'est un besoin pour nous d'être compris. L'ambition veut absorber les autres en elle ; le dévouement veut s'absorber en eux. Les sentiments les plus naturels, les mobiles les plus puissants de notre activité, Tesprit de famille et son âpre obstination, l'esprit national et sa bridante énergie, l'irrésistible impulsion de la sympathie, l'instinct, le langage, la nature, le devoir, l'homme entier restent une énigme insoluble à celte psychologie atomistique qui ne voit de réel que les individus. Nous portons au fond de notre cœur la conviction absolue que nous sommes en cause dans

tout ce que font nos semblables, que l'histoire des générations passées est la nôtre et que nous nous devons à nos successeurs. Celui qui aurait entièrement étouffé ces instincts se dessécherait dans un affreux égoïsme. Celui qui les a conservés, en revanche, celui qui les reconnaît comme des faits, et qui s'entête dans une théorie incapable de leur faire place, un tel esprit, quelque honnête qu'il soit, n'a peut-être pas qualité pour discuter les objets qui nous occupent. Pour isoler l'individu de l'humanité, il faudrait déchirer l'individu lui-même K »

C'est la conscience morale qui élève la plus sérieuse objection contre Tunité substantielle de l'espèce. Estce que cette unité est conciliable avec la liberté et la responsabilité des individus? Si les individus sont réellement libres et responsables, ils sont réellement distincts et séparés, et il ne faut pas parler d'unité de substance. Entre l'impératif moral, qui atteste la liberté et la responsabilité des individus, et la raison spéculative, qui ôte à l'individu toute réalité en l'absorbant dans l'unité de l'espèce, il faut choisir. La raison spéculative, qui ordonne de chercher l'unité de la pensée, et qui ne trouve Vunité de la pensée que dans l'unité de l'être, ne permet de voir que des illusions dans la liberté et la responsabilité des individus. L'impératif moral, qui nous oblige d'affirmer une pluralité d'individus libres et responsables, ne permet de voir dans la solidarité qu'un phénomène accidentel et passager. Pour qui croit vraiment à l'impératif moral, c'est la solidarité qui est la forme, c'est l'individualité qui est le fond.

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