Le Principe de la morale, p
MORALE
liberté de l'individu tend à réaliser par l'amour l'unité de la volonté. Ces deux termes, unité substantielle et liberté, ne sont donc pas incompatibles.
Analysons l'amour. C'est un mot qui a trois sens différents. Voici d'abord l'amour sensuel où l'amant ne songe qu'à lui-même, où l'objet aimé n'est qu'un moyen d'atteindre une satisfaction égoïste. Mais l'égoïsme des motifs n'y est qu'illusion; l'individu y subit le joug de la nature : il est l'instrument de l'espèce. c( Ce qui en fait le charme, ce n'est point l'intensité de la sensation; c'en est le vague, ce pressentiment de l'universel. Le plaisir véritable est celui qu'on croit procurer, c'est le transport d'une individualité dans une autre; c'est l'éloignement d'une barrière; c'est l'apparition de l'espèce comme telle, dans un soupir et dans un éclair K »
Par le rôle qu'elle fait jouer à l'espèce, cette métaphysique de l'amour sensuel ressemble à celle qu'a développée Schopenhauer : elle se fonde sur le même principe : l'unité de la volonté-substance.
Passons au second sens, au sens humain, du mot amour. C'est un sentiment dont l'objet est ce la possession de l'être aimé tout entier dans le don parfait de soi-même ». Il résulte « d'un accord parfait des deux natures qui se complètent réciproquement par leurs différences ». « Produit commun de la richesse et du besoin, c'est le transport réciproque d'un moi qui ne se suffit pas à lui-même dans un moi meilleur, ou jugé meilleur, pour former ensemble le moi véritable -. »