Recherches de la méthode^ p. 294 et suiv
MORALE
Mais ainsi expliqué, dira-t-on, le devoir de charité s'identifie avec la loi de l'intérêt personnel. — Secrétan le reconnaît et l'estime nécessaire. « Il faut, dit-il, que la complète harmonie des intérêts, impossible à vérifier dans l'expérience en suite de l'imperfection inévitable de tous nos actes et de tous nos rapports, soit pourtant réelle, et qu'elle se fonde sur la nature même des choses... Êtres incomplets que nous sommes, fatalement bornés par notre existence individuelle, nous trouvons dans l'unité, dans le patriotisme, dans la philanthropie notre complément, notre vérité, notre bonheur. Nous ne pouvons nous aimer nous-mêmes qu'en aimant notre prochain; parce que nous ne saurions être heureux sans lui. Nous ne pouvons aimer notre prochain qu'en nous aimant nous-mêmes; parce que nous devons nous fortifier, nous agrandir, afin que le don de nousmêmes en reçoive quelque prix ^ »
La morale de Secrétan fait, comme on le voit, du bonheur le but de l'activité; c'est une théorie d'eudémonisme. Mais le concept du bonheur y est déterminé par le concept de l'être, c'est-à-dire par la métaphysique. Dans la métaphysique nominaliste, le bonheur de chaque individu est indépendant de celui des autres. Dans la métaphysique de l'unité substantielle, il en est inséparable, parce que la vie de l'individu est inséparable de celle de l'espèce, comme celle de l'espèce est inséparable de celle de Dieu. Tu dois aimer Dieu, le vouloir, c'est-à-dire « remonter à la source de l'être », sans quoi tu marches « dans une direction tangentielle à l'être, qui aboutira à ton exté-