‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 46 sur 70 · Le Principe de la morale^ p · texte numérisé non relu

Le Principe de la morale^ p

des yeux, car ces égaux ne sont point des égaux, et ces êtres indépendants ne sauraient exister les uns sans les autres; ce contrat, exprès ou tacite, nous est imposé par la nécessité des choses. Pour arriver à la justice, peut- être vaudrait- il mieux partir de la vérité'. »

La justice ne peut se passer de l'amour. Que ditelle? Qu'il faut faire aux autres ce qu'on a le droit d'attendre d'eux; qu'il faut respecter les conditions de leur liberté, de leur développement, de leur bienêtre : « Mais pourquoi les respecter, si vous n'y trouvez quelque chose de bon, c'est-à-dire quelque chose qui doit être voulu, qui doit être aimé? Et d'ailleurs comment respecteriez-vous vos semblables sans les aimer, vous qui vous aimez vous-même? Votre égoïsme est une force naturelle, légitime à sa place assurément, mais qu'il faut balancer par une autre force, parce que, laissé sans contrepoids, il entraîne tout. Il ne se borne pas à dicter vos résolutions, il sollicite votre intelligence. L'homme ne saurait être juste qu'à la condition d'être impartial, parce qu'il ne peut pas isoler sa pensée de l'ensemble des fonctions. Mais pour être impartial, il faut aimer les deux partis ou n'en aimer aucun. Sans aimer votre prochain, vous ne sauriez donc ni pratiquer la justice à son égard, ni seulement la reconnaître -. »

Enlin la justice dérive logiquement de la charité ; elle y est comprise. (( Aimer un être, c'est vouloir que cet être soit : l'être que nous aimons et non pas un autre. Aimer un être libre, c'est vouloir sa liberté.

Page 1