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la Philosophie de la liberté^ il maintient les mêmes principes, sans lesquels il ne voit pas que Ion puisse (( concevoir l'ordre moral comme base de l'ordre universel » ; et il se défend contre le reproche d'avoir construit un système a priori. C'est par l'expérience et l'induction qu'il a été conduit à statuer l'absolue liberté de l'être premier, la création, la solidarité du mal, la chute et l'unité de la créature. « Nous sommes si loin, dit-il, de déduire a priori la nécessité du fait, que tout notre système repose au contraire sur l'opposition profonde entre ce qui devrait être pour satisfaire à l'a priori relatif de notre pensée et ce que l'expérience nous montre exister en fait. Peut-être avons-nous étendu ce contraste au delà de ses justes bornes. Toutes nos preuves de la chute ne nous semblent plus de valeur égale. En cherchant l'explication positive des règnes de la nature dans les crises de la créature primitive, nous sommes probablement sorti de notre compétence ; mais ces retranchements n'atteignent pas notre pensée fondamentale. » En 1884, dans la préface du Principe de la morale^ il admet qu'il est nécessaire de séparer le domaine de la science de celui de la spéculation; que cje qui fait le prix de la science lui fixe aussi sa limite; que la spéculation la mieux conduite n'aboutit qu'à la croyance. Il accorde donc que sa construction de la liberté absolue n'est pas d'une solidité incontestable. Il fait bon marché de la discussion des idées abstraites d'être et de cause sur laquelle elle est fondée. <( Aujourd'hui, dit-il, cette forme de construction dialectique, souvenir de la spéculation allemande, nous est devenue suspecte. En philosophie aussi bien qu'en théologie, nous craignons de définir ce
OBSERVATIONS HISTOmQUES ET CRITIQUES 95
que nous ne saurions entendre, et de cette métaphysique de l'absolue liberté, nous ne conservons rien, sinon ces deux points attachés au monde de l'expérience et de la vie morale : Vordre moral est Vexpression d'une volonté positive. — Le principe de Vêtre est tel que nous pouvons soutenir un rapport moral avec lui *. » Mais il ajoute aussitôt, comme en souriant, que « peut-être, à vrai dire, est-ce tout conserver », et que le changement qu'il avoue « concerne Texpression plutôt que le fond de sa pensée ».
C'est que la philosophie des successeurs de Kant n'avait plus, pour lui, en 1884, l'autorité que lui avait attribuée sa jeunesse. Après 1848, on avait vu baisser de plus en plus l'influence exercée par leur mode de penser, de raisonner, de prouver. En même temps, d'autres doctrines et d'autres méthodes philosophiques naissaient, se répandaient, s'emparaient des esprits. L'évolutionnisme de Darwin, de Spencer et de Haeckel apportait une théorie du monde appuyée sur l'expérience et Tinduction, et qui venait se substituer à celle des philosophes allemands du commencement du siècle. Cette cosmologie transformiste devait attirer et séduire l'ancien disciple de Schelling. N'y retrouvait-il pas tout d'abord ses thèses de la solidarité et de l'unité? 11 ne s'agissait que de la mettre d'accord avec la création et avec la liberté par une interprétation conforme aux exigences de la pensée morale.
En 1885, dans un article remarquable de la Revue philosophique, il s'ingénie à donner cette interprétation à l'évolutionnisme. Il soutient que l'évolution