Ennéades, Sixième Ennéade, liv. VIII
2. N'oublions pas que la même équivoque est à noter dans la philosophie de Plotin, dans celle de Descartes, dans celle de Schilling?, et, nous ajouterons, dans-celle de M. Boulroiix; car c'est de Secrétan que relève la métaphysique de la liberté dont M. Boutroux a tracé les lignes générales dans la conclusion de sa belle thèse si^r la Contingefice des lois de la nature (voir l'article que nous avons consacré à cet ouvrage dans la Revue philosophique, n" de janvier 1897).
l'établit surabondamment, et Descartes ne fait aucune difficulté de le reconnaître. Le bon sens a prononcé depuis longtemps a que la cause et reffel sont deux choses différentes, et qu'une cause ne saurait être cause d'elle-même ». C'est ce que Platon fait dire à Socrate dans VHippias major. Et c'est ce qu'exprime avec force et précision cette phrase de saint Augustin : « Nous n'étions pas avant d'être ; nous ne pouvons donc avoir été faits par nous-mêmes {Non eramus antequam essemus ut fieri possemus à nohis) * y>.
Rappelons à ce sujet la brève critique de Bayle; elle aurait bien dû, nous semble-l-il, être considérée
comme définitive :
Le cartésien Poiret reprochait aux métaphysiciens de n'avoir pas compté au nombre des causes la cause de soi-même, « laquelle est si parfaite {tantopere est perfecta) que celui en qui elle se trouve, Dieu, n'a besoin de rien d'autre que soi pour exister (nuUo alio prxter se indigeat ad existendum) ». Bayle répond que cette omission est très légitime, vu que « l'idée de cause, à proprement parler, ne convient pas à Dieu {eu m idea catisce illi cnti nonnisi improprie convenial) ». « En effet, dit-il, le concept de cause est celui d'une chose qui donne l'être à la chose dont elle est cause ; or Dieu ne donne pas l'être à Dieu {Deus non dat esse Deo) : donc, Dieu n'est pas cause à regard de Dieu [ergo, Deus non est causa respectu Beï). Dieu étant pensée pure {mera cogitatio), il est évident qu'il n'est cause qu'en tant qu'il pense [nisi quatenus cogitât). Or il est impossible qu'il soit, en pensant cogitando), cause de soi ; il ne se peut faire