M. STUART MILL
La négation du principe de causalité n'a pas seulement pour résultat de détruire le rapport effectif de dépendance qui unit les causes et les effets observés, et par conséquent la certitude objective des lois de la science ; elle a encore cet inconvénient grave, de nous laisser sans aucun principe qui puisse nous conduire au delà de nos observations y et de nous enfermer rigoureusement dans les limites, non pas seulement de l'expérience possible, mais des expériences réellement accomplies par nous. En d'autres termes, la suppression de toute liaison entre les phénomènes rend impossible toute induction légitime. L'induction suppose, en effet, une loi de notre raison qui , bien que diversement formulée, revient toujours à cette maxime: les mêmes causes produisent les mêmes effets. Cette affirmation est la traduction immédiate d'une croyance plus fondamentale encore : il y a de l'ordre dans la nature. Or, quand on prétend que les phénomènes se succèdent, sans qu'ils aient une raison intrinsèque de suivre un ordre de succession plutôt qu'un autre,
quand on leur refuse toute puissance intime de s'engendrer mutuellement, n'est-il pas certain qu'on ôte, par là même, toute raison d'être au principe de Tinduction? Il y a une corrélation évidente, entre la loi de la pensée qui .veut que nous donnions une cause à tous les phénomènes, et celle qui veut aussi que nous attribuions en tout temps, en tout lieu, la même cause au même phénomène. Car, s'il nous paraît nécessaire de croire que le cours de la nature ne change pas, c'est que nous pensons trouver, dans l'essence de chaque cause , des caractères spéciaux qui déterminent l'efTet, qui l'obligent à être tel et non autre. Mais, si la cause n'est plus considérée que comme l'antécédent invariable de l'effet, il n'y a plus de motif qui nous porte à croire que le rapport , jusqu'à présent constaté, se maintienne toujours. « Toute chose peut » produire toute chose » (any thing may produce any tkmg). C'est y nous l'avons vu , la conclusion avouée de la théorie de Hume sur la causalité. N'est-ce pas précisément s'interdire toute inférence des cas observés à ceux qui ne le sont pas, toute affirmation en dehors des faits positivement constatés?
Nous ne saurions donc partager l'avis de M. Mill , qui prétend que l'on peut établir l'induction sur des bases solides , et donner toute sa force , toute son autorité à la loi de causalité universelle, sans avoir préalablement pris parti sur la nature du rapport de causalité. « A la vérité , si la logique inductive exin geait^ pour se constituer^ que les disputes si longues » et si acharnées des différentes écoles de philoso-
» phie sur t'origioe et Tanalyse de l'idée de causa- » lité y fussent décidément étouffées , la promulgation » ou du moins Tadoption d'une bonne théorie de Tia* n duction pourrait être considérée , pour longtemps y> encore^ comme désespérée. Mais heureusement , la » science de l'investigation de la vérité par la voie » de la preuve est indépendante des controverses qui » troublent la science de l'esprit humain y et n'est pas n nécessairement tenue de poursuivre l'analyse des » phénomènes intellectuels jusqu'à cette dernière li- » mite qui, seule ^ pourrait contenter un métaphysi* » cien (1). *)
Quoi qu'en dise M. Mill, la science empirique, si elle persiste à écarter la raison et ses principes , est condamnée à ne pas dépasser ces inductions fausses, ces « inductions ainsi improprement appelées, » (comme lé dit M. Mill lui-même), qui ne sont que le résumé, le catalogue abréviatif des faits observés. Un astronome a considéré successivement toutes les planètes : il pose en loi que tous ces astres brillent d'une lumière empruntée au soleil. Un navigateur découvre une terre dans l'Océan, et en fait rapidement le tour: il prononce que c'est une lie. Ce sont là des descriptions, des colligations y comme on dit en Angleterre, que l'expérience suffit à légitimer, puisqu'elle en fournit tous les éléments. Mais comment aller au delà? Qu'est-ce qui pourrait autoriser la pensée humaine à porter ses affirmations sur des objets que non-seule-
(1) IL Mill, Logique, tome I, p. 368, 369.
«œDt elle n'a pas. observés^ maU q.ae robservatioo bj& peut atteindre? On sait comment M. MUl répond à çe^ questions. Rappelons brièvement sa théorie, afin det faire mieux comprendre combien çUe se rapprocha d^ opinions de Hume.
D'après M. Mill, TespriA humain djébute par des tqyd^ctions spontanées et naturelles, dont If^ expén ri.ences quotidiennes augmenteni sans cesse le now^ bre. Ces inductions consistent à généraliser les unjr jarmiiés partielles que l'observation, a constatées dan£) la nature. En elles-mêmes, ces ii\ductions ne sont foun 4ées sur rien. Elles supposent cependant un postulat^^ qoi , impliqué d^ns cbacun^ d'^Ues ^ n'est autre que Is^ croyance à l'ordre de l'univQi^s. (( Il faut d'abord ob.- 1» server qu'il y a ui^ pi^iocipe impliqué dans 1 énoncé i> mèove de ce qui est l'induction, ua postulat relatif A au cours de la natuve et ^ l'ordre de l'univers , à » savoir : qu'il y a dans la nature des cas parallèles ; 9 que ce qui arrive une fois arrivera encore dans des «> circonstances suffisammeoit semblables, et, de plua^ IX arrivera aussi souvent que les mièmes circonstance^ n se représenteront (1). » Mais il faut bien se garder de croire que cette croyance à l'uAÎfarmité de la nature spit l'origine et le principe du procédé inductif. L'affirmation que la nature, est gouvernée par des loia gtoérales est elle-même m^e indutcUo^ , la plus vaste de toutes. Nous constatons d'a^r4 lies uniformités partielles, et, d'iqdnotion en ipduction, nous npi^i
(t) Ni. MW. loifique, tome I, jf, ML.
élevons peu à peu à runiformité universelle. Cette généralisation suprême n'en est pas moins la garantie de toutes les généralisations précédentes. Elle est à la fois le résumé de toutes les inductions particulières j et l'affirmation qui en assure la légitimité.
Il y a là un cercle vicieux évident. Dans le système de M. Mill ^ ni les premières inductions n'ont de raison d'ôtre, puisqu'elles ne sont que des faits instinctifs ^ qu'aucune vérité générale ne garantit et ne soutient encore , ni la dernière induction n'a de valeur et d'autorité , puisqu'elle repose uniquement sur les premières. Les principes n'y sont vrais que si la conclusion est certaine ; et la conclusion elle-même n'est certaine que si les principes sont vrais. La loi de causalité universelle n'est donc que l'usurpation finale d'une imagination qui s'enhardit, et qui, d'empiétement en empiétement, arrive à un coup d'état décisif. Si l'expérience seule est au fond de nos inductions y la loi de causalité n'est que le total des inductions partielles; et ces inductions partielles, n'ayant qu'une valeur expérimentale limitée, ne sauraient, dans leur ensemble, s'égaler à une affirmation universelle, comprenant tous les temps et tous les espaces. ' M. Mill a été conduit à cette théorie par les nécessités de son système , mais on peut croire qu'il a été aussi guidé par des apparences trompeuses. A ne regarder que la surface des choses , il semblerait qne la réalité lui donnftt raison. L'homme commence, en fait^ par induire spontanément^ sans se rendre compte de l'opération qu'il accomplit^ et sans réfléchir aox
principes qui la légitiment. Demandez à Tenfant pourquoi il a peur du feu; au sauvage, pourquoi il se défie d'une bète fauve : ils seront tout au plus capables de vous répondre en citant les expériences particulières oii ils ont fait l'épreuve du danger qu'ils redoutent. Quant à l'universalité des lois naturelles y ils n'en ont pas le moindre soupçon ; et cependant ils s^attachent à ces généralisations instinctives avec une confiance invincible. Mais cet instinct qui gouverne l'intelligence du sauvage ou de l'enfant, qu'est-il autre chose, sinon la manifestation obscure d'une raison encore latente et incapable de formuler ses principes? Le philosophe qui va au fond des choses ne doit-il pas démêler, dans les développements inconscients de la nature primitive, les principes qui, seuls, donnent à l'entendement quelque autorité? Ou l'induction n'a aucune valeur et n'est qu'un mouvement arbitraire de l'esprit, ou elle repose sur une vérité préalable, la certitude de l'uniformité universelle de la nature. Que cette vérité se présente ou non à l'intelligence qui induit, peu importe. Au point de vue objectif, il est nécessaire que cette vérité soit certaine, pour que l'induction soit légitime. Dire que la loi de causalité universelle, couronnement de toutes les inductions spontanées, assure la solidité de ces inductions, c'est raisonner comme un architecte qui prétendrait, par une toiture appuyée sur des fondements et des murs chancelants, consolider un édifice;^ ou comme un théologien qui, pour démontrer les miracles, invoquerait un miracle plus grand que les autres.
U serait faux d'attribuer à Qume le mérite d'avoir le. premier conçu la théorie qui sert de principal étai à la Logique inductive de M. MiU. Nul doute, cependant, qu'une inspiration communie n'ait présidé au travail des deux philosophes ; c'est ce que nous allons montrer.
En étudiant les vues de Hume sur la causalité , on se demande, non sana embarras,, comment, avec de pareilles données, une logique inductive serait pos$ible. L'embarras n'existe guère pour Hume. La logique qu'il ne peut déterminer, il ne la croit pas nécessaire. Après avoir indiqué quelques règles générales que nous examinerons tout à l'heure, et qu.'il édicté comm9 autant d'oracles , il a soin d'ajouter lui-même : « Voilà » toute la logique que je crois à propos d'eavployer » dans mes raisonnements; et peut-être même cq9 » règles n'étaient-elles pas nécessaires, pouvant être I» aisément suppléées par les principes naturels én » l'enlendement (1). » Combien nous sommes loin des longues théories que M. MiU, en deux volumes > s'efforce d'asseoir sur la base fragile de l'empirisme! Plus conséquent avec lui-même, Hume a reconnu l'impossibilité de tirer des principies de son école une logique fondée en raison , et d'une valeur véritable* ment scientifique. « U ne peut pas y avoir, » dit-U positivement, « d'arguments démonstratifs pour prou* » ver que les cas dont nous n'avons pas fait l'expé- M rience ressemblent à ceux que nous avons ej^pérî*"
(1) Traité, tomel, p, 32%.
» mentes. Nons pouvons concevoir un changement » dans le cours de la iiatore> ce qui prouve sufB- » samment qu'un tel changeooient n'est pas impossi- » ble (1). » U était dans la destinée de Hium de désillosioiiaer tous ceux qui s'imagineraient pouvoir , en niant les principes de la raison y maintenir quand même les croyances de l'humanité, et de décrier, après coup ou à l'avance , par ses pénétrantes analyses, tous les efforts tentés par l'empirisme pour se meUre d'accord avec le bon sens. On a souvent redit que , par ses observations sur les perceptions sensibles , il avait percé à jour Terreur et l'inconséquence de ceux qui maintiendraient l'idée de cause dans des systèmes où toute idée dériverait des sens. De même, et avec autant de justesse,, on peut dire que, par ses propres aveux , il a dévoilé d'avance l'impuissance de M. Mill et de l'école empirique à établir une logique inductive.
Hume est de ces esprits décidés et francs qui le se paient jamais de mots , et qui éclairent d'une impitoyable clarté toutes les conséquences de leur pensée , trahissant, pour ainsi dire, en enfants terribles^ les secrets de la maison.
Ecoutons-le , en effet : « Il nons eat impossible de » trouver, dans notre raison , de quoi justifier d'une » façon satisfaisante l'extension que nous faisons de Q notre expérience au delà des cas particuliers obser- )) vés par nous... » — « Cette supposition que le futur
(1) Tome I, p. 119.
» ressemble au passé ne s'appaie sur aucune espèce » d'ai^uments : elle dérive entièrement de Thabitude^ » qui nous détermine à attendre pour Tavenir la » même suite d'objets à laquelle nous sommes accoa- » tumés (1). » — « Soyons convaincus pleinement de » ces deux principes : 1^ il n'y a pas d'objet , coDsi- » déré en lui-même, qui possède des qualités telles » que nous ayons le droit d'en tirer une conclusion; » %^ même après l'observation de la liaison fréquenie » ou constante des objets, nous n'avons aucun molif » de tirer une inférence relative à quelque objet, en » dehors de ceux dont nous avons déjà fait l'expé- » rience (2). »
Il n'est pas possible de refuser plus nettement à l'esprit toute autorité inductive, et de l'enfermer pins rigoureusement dans le 'cercle des expériences faites. Au fond, M. Mill pense bien, comme Hume, que l'association des idées seule, ou l'habitude, peut étendre nos conclusions au delà de rexpérience; mais il ne l'avoue pas aussi nettement. Et quoique les théories des deux philosophes se ressemblent, il y a cette différence que M. Mill a bâti devant la sienne une magnifique façade qui fait d'abord illusion; Hume n'a presque pas songé à masquer, à dissimuler la faiblesse et l'insuffisance de sa doctrine.
Si Hume n'admet pas que l'induction ait une valeur
(l)TomeI,p. 174.
(2) Ibid,, p. 181.
scientifique, s'il ne lui reconnatt pas de fondement rationnel , il est du moins obligé de tenir compte du fait, et d'expliquer, sinon la légitimité . -au moins Texistence de l'induction. Voici comment il résout la difficulté.
D'après lui , nous ne pouvons nous représenter les événements futurs que comme probables ou possibles. La possibilité est une vue vague , mal déterminée de Tobjet; la probabilité, c'est la conception du même objet, plus précise et plus nette. Le nombre des expériences assurera aux idées le degré de force et de vivacité nécessaire pour que, de possibles, elles deviennent insensiblement probables. En effet, les images qui survivent aux expériences particulières s'unissent et se fondent dans une seule image totale, dont la netteté croîtra évidemment en proportion des expériences. Chaque nouvelle observation, conforme aux précédentes , est comme un nouveau coup de pinceau qui avive l'image , et renforce sa couleur et son éclat, sans agrandir ou changer la forme de l'objet. Si les expériences ont été uniformes, l'habitude qui nous porte à induire est pleine et entière. S'il y a des exceptions, des contradictions, l'impulsion de l'imagination est enrayée, mais la tendance subsiste, tant que le nombre des expériences contraires ne dépasse pas celui des expériences conformes. Si ce dernier cas se présentait, l'impulsion primitive s'effacerait pour faire place à une impulsion en sens opposé, parce que dans ce cas l'image de l'objet contraire, formé d'un plus grand nombre de représentations particulières^ serait
plus vive et plus forte ^ «t, par suite ^ entratnerail de son côté la croyance (1).
En d'autres termes y si nous affirmons que les cas non observés ressemblent à ceux qui l'ont été^ c'est que la conception de l'objet, sous la forme qui s'est offerte à nous, est devenue peu à peu, par l'accumalation des images semblables, une impression trèsnette et très-déterminée qui domine l'esprit. Pour qae nous affirmions l'existence future de cet objet , il suffit qu'il soit en relation avec une des perceptions que l'expérience actuelle nous fournit. La perception présente entraînera, par association , l'idée de l'objet qui lui est uni par un rapport quelconque; la perceptioo, en même temps, communiquera à l'idée quelque chose de sa vivacité, et la transformera en croyance. Si l'impression présente n'est pas directement associée à ridée, il pourra y avoir entre les de«x termes des intermédiaires nombreux ; et alors la force communi-
(1) « La supposition que U futur ressemble au pasié n'est pas fon- » dée sur le raisonnement; elle dérive entièrement de Thabitude... » La tendance à transporter le passé dans Tavenir est aussi forte » que possible (w full and perfect) ; et par suite le premier mouvc- » ment de l'imagination dans ce cas est lui aussi complet et parfait... » Si, en considérant les expériences passées, nous en trourons de » contraires, bien que la tendance reste parfaite en elle-même, l'iuia- » gination nous offre un certain nombre d'images en désaccord avec » les autres. Le premier mouvement de l'imagination est, par suite, » divisé, et rimagination s'éparpille sur chacune de ces images. . » Les images contraires ont pour résultat de produire une croyance » imparfaite, en divisant V habitude parfaite (perfect habit) qui nous » fait conclurç en général que les cas non expérimentés ressom- « blent à ceux qui Font été. » Tome I , p. 176 , 177.
qaée par Fimprëssian fie perdra peu à peu y s'affaiblira en traversant les intermédiaires par lesquels elle se transmet à la conclusion.
Si donc il s'agit d'un événement très-éloigné^ soit dans le passée soit dans Tavenir^ la probabilité s'efface peu à peu, parce qu'elle s'écoule, en quelque sorte, à chaque anneau de la chaîne qui relie l'événement à notre conception présente. Il semblerait en résulter. Hume le reconnaît , que la certitude de l'histoire an* cienne se perd à mesure que la série des intermédiaires augmente. La croyance n'étant qu'un certain degré de vivacité, qui dérive d'une impression originale, et se transmet aux idées associées à cette impression, elle doit décroître par l'effet d'une transmission trop prolongée. Pour se tirer d'embarras. Hume croit qu'il suffit de faire remarquer que les intermédiaires historiques (les témoignages concordants de plusieurs écrivains) sont de même nature. L'imagination n'a, par suite, aucune peine à se représenter successivement ces affirmations en tout point semblables ; de sorte qu'elle ne dépense pas, elle conserve, au contraire, intacte, jusqu'au bout de la chaîne qu'elle parcourt, la vivacité originale dont une impression actuelle l'a animée et douée. « Cette circonstance seule, » ajoute Hume, (( sauve la certitude historique (1). » Il eût mieux valu reconnaître qu'en réalité, quelque différents que soient les intermédiaires par lesquels notre pensée atteint une vérité éloignée, la force de la
(1) Tome I , p. 189.
croyance ne s'affaiblit pas , et que la certitude est aussi grande, au bout d'une longue déduction, qoe dans les prémisses qui lui ont servi de point de départ et de principe.
Les affirmations inductives, relatives à Tavenir^aux cas non directement observés, ne sont donc, d'après Hume, que des associations d'idées reliées à une impression présente, associations d'autant plus fortes, et, par suite, affirmations d'autant plus probables que l'babitude qui les produit se fonde sur un plas grand nombre d'expériences. Par une impulsion machinale, l'imagination transporte dans lavenir les images du passé. Le souvenir des faits uniformément observés se grave dans la mémoire, et ne cesse de banter l'imagination ; et la croyance au renouvellement d'un objet n'est pas autre chose qu'une conception de cet objet , avivée par son rapport avec une perception actuelle (1).
Telle est l'explication de Hume : tels sont, sur ce sujet, (( les principes extraordinaires et fondamentaux de sa philosophie. )) Hume ne se faisait pas illusion, d'ailleurs, sur le sort qui leur était réservé : « Qcoi-
(l) a II n'y a pas d'autre principe que Faction de Thabitudc sur « rimagination, pour expliquer les inférences... Les objets, grâce à » rhabitude , paraissent si inséparables que nous ne mettons pas D un instant à passer de Tun à Tautre... L'union constante de deux » objets dans les expériences passées produit dans l'esprit une n telle habitude d'association , que l'esprit ne les sépare plus TaQ ») de l'autre... Tous les raisonnements probables dérivent de la D môme origine : c'est-à-dire Vassociation des idées à une impression V présente. » Tome L p. 137, 138, 171.
» que les preuves que j'ai données à Tappui de mon » opinion me paraissent péremptoires, je n'espère pas » faire beaucoup de prosélytes. » Il en a^ du moins ^ trouvé dans notre siècle. La théorie de M. Mill ne diffère pas sensiblement de celle de Hume. Uun et lautre pensent que Texpérience de la liaison constante des phénomènes est le point de départ unique de Tinduction. Seulement^ Hume avoue plus franchement que Taffirmation induclive n'est qu une tendance subjective de l'imagination, et n'atteint aucunement les objets. Mais comme Mill, et c'est là le point important, Hume, après avoir expliqué isolément les inductions une à une, comme autant d'habitudes prises par l'esprit , justifie d'ensemble toutes les inductions possibles, par cette habitude suprême que contracte l'esprit d'attendre un effet partout où il y a une cause. Et il n'y a ici qu'une seule différence : c'est que M. Mill appelle une loi de l'esprit ce que Hume appelait simplement une habitude.
Nous reprocherons dabord à Hume, de ne pas rendre compte de la distinction, pourtant si nette, que notre pensée, dans ses inductions, établit entre le passé et le futur. S'il n'y a, dans la généralisation de notre esprit, que des faits associés à des faits, des idées unies à d'autres idées, sans aucun principe qui nous guide, on . ne voit pas pourquoi nous localiserions si fermement les faits induits, les uns dans le passé, les autres dans l'avenir. Quelle est donc la raison qui détermine l'imagination à prendre quelques-unes de ses représentations pour des événements historiques,
pour des faits qui ne'^e reproduiront plus, les autres pour des faits universels indéfiniment renouvelables? Un chapitre d'histoire qu'on a relu cent fois, une prière qu'on redit tous les matins, voilà des impres* sions habituelles, dont nous ne sommes nullement tentés de faire des affirmations inductives. Un historien, qui se sera spécialement occupé d'un peuple oo d'un personnage, qui aura pris l'habitude de ne penser . qu'à l'objet de ses recherches, aurait quelque peine, si Hume dit vrai , à ne pas transporter dans l'avenir des conceptions qui lui sont devenues familières. De même que, comme nous le verrons bientôt. Hume, par sa théorie sur la matière et sur l'Âme, rend presque inexplicable la distinction du moi et du monde extérieur, de même, par sa manière de concevoir l'induction, il admet presque la possibilité de confondre l'avenir avec le passé, et vice versa. Si l'induction dépend, en effet , de l'habitude seule et d'une association d'idées, il est difficile de comprendre comment l'esprit ne s'égare pas, ne s'embrouille pas lui-même, au milieu des innombrables images qui s'offrent à lui; et comment s'élève, entre le passé et l'avenir, une barrière infranchissable, une ligne de démarcation absolue.
Mais ce qu'on s'explique moins encore, c'est que l'habitude d'observer un même phénomène puisse produire une affirmation générale comprenant tous les temps et tous les lieux. La théorie de Hume suffirait peut-être , si l'induction n'était que l'attente machinale d'un événement probable ; comme il nous ar-
rive parfois, dans un demi-sommeil , dans ud état d'assoupissement et de rêverie , quand nous entrevoyons vaguement la probabilité que quelqu'un va venir, que lé jour va nous surprendre. Mais cette attente incertaine et confuse , comment la prendre pour l'équivalent de ces. jugements résolus et nettement formulés y que le savant prononce dans la pleine lumière de sa raison, quand il pose une loi générale de la nature? Ici, comme partout, la psychologie de Hume ne saisit qu'une moitié de l'ftme humaine , les vagues et indécises tendances de l'instinct; il ne veut pas reconnaître les mouvements réfléchis de Tintelligence, qui, appuyée sur des principes dont elle a pleinement conscience, s'avance d'affirmation en affirmation , de découverte en découverte , sachant d'oik elle part et où elle va. On ne peut rien expliquer, dans les opérations du raisonnement, si l'on n'admet pas que l'esprit est capable de formuler, soit a priori y soit par généralisation de l'expérience , des principes , des vérités universelles, qui gouvernent et dominent toute une série de réflexions ; qui , ou bien expriment les lois primordiales de la pensée, ou bien résument les observations faites , et permettent ainsi à l'esprit d'aller plus avant. Les inductions ne sont pas toujours aussi simples que le croit Hume, elles se compliquent par la pluralité des causes et l'enchevêtrement des effets. Elles supposent alors une foule d'opérations savantes, de rectifications délicates, qui semblent tout à fait interdites à un esprit esclave de l'habitude et de Tassociation des idées. Les inductions vulgaires peu-
vent nètre qu'une accumulation d'expériences: mais, lorsque le physicien ou le chimiste déterminent^ par quelques expériences, une nouvelle loi tout à fait inattendue, comment soutenir que Thabitude est ici encore le principe du raisonnement? Dira-t-on que Tesprit, ayant pris sur d'autres points la coutume de croire à l'ordre général de la nature, agit ici sous l'influence de celte croyance universelle (1)? Mais n'est-ce pas avouer que l'esprit contient autre chose que des faits associés à des faits; n'est-ce pas lui re* connaître la faculté de développer peu à peu , sinon de posséder du premier coup, des tendances, des inclinations à voir les choses de telle ou telle façon? Si nous pouvons induire une vérité générale après une seule expérience, comment soutenir que l'habitude est le principe qui nous l'inspire? Ce qui reviendrait à dire que l'habitude agit et produit ses effets, même quand elle n'existe pas.
(1) Hume a prévu cette objection et il essaie d'y répondre : « Il
» est certain, » dit-il , « que nous pouvons atteindre la connaissance
» d'une cause particulière par une seule expérience. Or, Thabitude
» ne saurait dériver d'une seule expérience : on pourrait donc en
» conduire que , dans ce cas , la croyance n'est pas le résultat de
» l'habitude. Mais cette difficulté s'évanouit, si l'on considère que,
» bien qu'il n'y ait eu qu'une seule expérience pour cet effet par-
» ticulier , nous avons plusieure millions d'expériences pour nous
» convaincre de ce principe, que des objets semblables, placés dans des
» circonstances semblables, produiront toujours de semblables effets,..
» Xa liaison des idées ne peut être devenue une habitude après
D une seule expérience ; mais cette liaison est comprise sous un
» autre principe qui est lui-môme une habitude. » tome. I. p. 139,
N'oablions pas cette aatre difficulté insoluble pour
Hame : comment se fait-il qu'une vérité incertaine^ ou même tout à fait douteuse après un certain nombre d'expériences, acquière tout d'un coup, avec une expérience de plus, un degré de probabilité assez élevé pour ressembler presque à la certitude? Je sais bien que Hume répondra que cette transformation ne se fait pas si promptement, que la croyance passe par une infinité de degrés; qu'enfin, dans son hypothèse, tout est habilement ménagé pour rendre vraisemblable ce passage gradué et insensiblement progressif de l'incertitude à la croyance. Mais son hypothèse n'est pas d'accord avec la réalité. En fait, nous nous élevons tout à coup d'un peut-être aussi indécis que possible à des affirmations presque aussi sûres d elles-mêmes que les jugements mathématiques. Cette soudaineté d'inspiration, qui, après une expérience concluante, enhardit le savant jusqu'à lui faire concevoir le monde entier à l'image de sa pensée d'un moment, comment la concilier avec un système dans lequel la certitude inductive , ou la probabilité qui en approche, ne serait que le pénible et tardif produit d'une longue élaboration d'idées ?
Nous n'avons pas besoin de le redire, la plus grave objection que l'on puisse faire à la théorie de Hume , c'est qu'elle ne sauvegarde en aucune façon (et elle n!en a pas la prétention) la portée objective du raisonnement inductif. Il n'y a d'autre relation , entre les objets liés par l'induction , que celle que l'habitude y introduit peu à peu. Les généralisations scienlifi-
qaes n'ont pas plus de valeur que les modes arbitraires^ les capricieuses inventions de l'usage. La nature n'est qu'un roman , qu'on finit y à force de le relire, par confondre avec la réalité. Ne nous étonnons donc pas de la faiblesse des suppositions imaginées par Hume pour rendre compte de l'induction. Partant de ce préjugé sceptique^ que nos raisonnements inductifs . sont illusoires y il est naturel qu'il ne soit pas exigeant dans le choix des moyens qu'il invoque pour expliquer des résultats aussi fragiles. Dira-t-on que quand nous cherchons à l'induction un fondement solide, nous. sommes dupes d'un préjugé contraire; que nous avons commencé par croire à Tautorité de l'induction, et que, par suite, nous nous sommes en quelque sorte engagés d'avance à trou ver, coûte que coûte, à inventer, s'il n'existait pas^ le principe dont nous avons besoio pour justifier notre croyance? Cela est vrai; mais comment confondre un préjugé que la nature nous inspire, et duquel dépend la certitude de toute science , avec un préjugé qui ne résulte que d'un système, c'est-à-dire d'une opinion individuelle, et qui, d'ailleurs , tend à rendre impossible toute science?
Il semble que, dans un système où l'auteur avoue franchement qu'il n'y a aucune limite assignable aux combinaisons possibles des causes et des effets, ie mieux serait de s'abstenir de toute prétention logique; et qu'une induction aussi peu fondée en raison ne soit guère susceptible d'être soumise à des règles , à des lois. Hume le sentait à merveille, et il ne croyait ni à la nécessité ni à la possibilité d une logi-
que inductive. Mais, d'un autre côté, un philosophe qui prétend rendre compte de la nature humaine est obligé de tenir compte des faits saillants que tout .le monde a observés; et Hume ne pouvait ignorer que ses devanciers avaient tous entrepris de déterminer une logique à l'usage de Finduction. L'esprit humain, tel que Hume le figure , est , auprès de la réalité de l'àme, ce qu'un automate, aussi parfait que possible, serait en' face du corps humain. L'artisan n'aurait pu y foire circuler la vie ; mais il aurait au moins compris la nécessité de représenter en raccourci , et par des formes équivalentes, toutes les parties essentielles de son modèle réel et vivant. Pour la même raison , Hume a voulu avoir au moins une ombre , une apparence de logique inductive, sauf à déclarer ensuite lui-même que cette logique n'a aucune valeur (1). Cette logique, il l'a résumée en quelques pages, et réduite à sept ou huit règles (%). Quelque courte qu'elle soit , elle parait encore trop longue ; soit parce
(i) Hume distinguait dans la raison humaine ( human reason ( trois parties : I» la connaissance {knowkdge), 2<» les preuves (proofs)^ 3i° les probabilités (prohàbilities).
a Par connaissance, j'entends la certitude qui dérive de la com- B paraison des idées ; par preuves, ces arguments qui résultent de 9 la relation de cause à effet, et qui sont entièrement exempts de » doute et d'incertitude ; par probabilité, cette évidence (tkat eU~ » dence) qui admet quelque incertitude. » Tome I, p. 164.
La logique dont il s'agit ici ne s'applique évidenmient qu^aux preuves et aux probabilités.
(2) Dans un chapitre intitulé : Règles pour juger des causes et des «Jet«,tomeI,p. 221.
qu'elle contient des erreurs, qui ont été parfois rele* vées par M. Stuart Mill y soit surtout parce qu'elle va, p^r ses affirmations présomptueuses, au delà de ce que comportent les principes de Fauteur.
Cest à tort, par exemple, que Hume se croit autorisé à affirmer que la cause et PefTet doivent toujours être contigus dans l'espace et dans le temps. M. Stuart Mill proteste vivement contre cette erreur. « C'est avec » cette arme, » dit-il , « que les cartésiens firent une » guerre terrible à la théorie de la gravitation, la- » quelle, impliquant, selon eux, une absurdité si pal- )) pable, devait être rejetée in limine. Le soleil ne » pouvait pas agir sur la terre, puisqu'il n'y était » pas (I)..* » A vrai dire. Hume était ici dans le. véritable esprit de sa théorie empirique ; et les seasualistes me paraissent en contradiction avec leurs principes, quand ils veulent, avec le sens commun, considérer, comme la cause d'un fait , un phénomène qui en est séparé par de grands intervalles dans le temps ou dans l'étendue. Qu'il n'y ait aucune difficulté à comprendre les influences lointaines, les déterminations à longue échéance, qui proviennent d'une cause donnée, quand la cause représente une force productrice, cela se conçoit ; mais, si la cause n'est que Fantécédent de l'effet , de quel droit donner encore ce nom à un fait que de nombreux intermédiaires rejettent dans un passé reculé ou dans un éloignement considérable ? La maxime de Hume est fausse ; mais
(1) M. Mill, Logique, tome E, p. 317.
die est la conséquence logiqae de sa théorie de la causalité. M. Mill rétablit la vérité; mais^ en le faisant^ il outre-passe les droits d'un sensualisme conséquent avec lui-même.
Hume ne fait encore que résumer sa théorie et la condenser en formules^ quand il pose cette seconde et cette troisième règle : « La cause doit précéder l'ef- » fet. )) — ((Il doit toujours y avoir union constante » entre la cause et TefTet. » Sur le premier point, Hume peut rester fidèle à son système sans chocper le sens commun. La cause efficiente , entendue dans le sens empirique ou dans le sens spiritualiste, doit toujours être antérieure à l'effet. Il y a, cependant, des causes et des effets contemporains ; et, le plus souvept, la cause n'est pas plus tôt réalisée qae Yeffei l'est aussi. Il y a, alors, une simultanéité, apparente tout au moins, qui rend presque indiscernable l'antériorité du pou* voir producteur. La solution la plus précise et la plus juste de cette question incidente consisterait à dire : a L'eifet ne précède jamais la cause. >' Sur le second point, il est évident que Hume est contraint par ses hypothèses de soutenir une proposition inadmissible. Combien de fois , en effet, l'expérience dément-elle cette prétendue liaison constante, qui devrait exister entre la cause et l'effet I II arrive, à chaque instant, que des événements inattendus se produisent; effets nouveaux d'une cause qui, depuis longtemps, existait , mais qui , modifiée dans une de ses qualités, ou s'unissant à une autre cause, a été tout d'un coup provoquée à manifester des effets imprévus. Atten*
drons-noQfi^ pour dire que ces phénomènes inaccoutumés ont une cause^ et même pour déterminer la nature spéciale de leur cause^ que l'expérience nous ait montré la liaison habituelle que réclame Hume ? Croirons-nous, comme tendrait à le faire supposer la théorie de Hume, que les événements nouveaux on rares nous apparaissent d'abord comme des mirades que rien n'explique ; et que c'est seulement peu à peu, et quand ils se sont reproduits plusieurs fois, qu'ils acquièrent, pour ainsi dire, une cause ? La relation de causalité, telle que l'entend Hume, en réalité n'est pas; elle devient. Elle se crée peu à peu par l'habitude, et se détruit aussi par une habitude contraire.
Jusqu'ici, dans les trois règles que nous avons indiquées, Hume s'est contenté de formuler en maximes les résultats de ses analyses sur la causalité ; mais il oublie tout à fait les limites qu'il lui est interdit de franchir, quand il ajoute, comme quatrième principe, cette vérité inadmissible pour un empirique tel que lui : « La même cause produit toujours » le même effet , et le même effet ne peut jamais dé- » river que de la même cause. Ce principe nous est » découvert par l'expérience , et il est la source de » la plupart de nos raisonnements philosophiques. » Lorsque , par une expérience décisive , nous avons » déterminé les causes et les effets de quelque » phénomène, nous étendons immédiatement notre » observation à tout phénomène de même nature, » sans attendre cette répétition constante , d'oii est
» sortie la première idée de la relation de causalité. » Hame a bien raison de dire que nos raisonnements sont fondés sur ce principe ; mais comment justifier une pareille affirmation^ dans un système dont le dernier mot est celui-ci : Toute chose peut produire toute chose?
Hume n'a donc fait que sacrifier au sens commun en apparence et pour la forme , quand il a inscrit dans sa logique le principe même de l'induction. Si on pre* nait à la lettre le passage que nous venons de citer ^ il faudrait y voir un désaveu formel de sa doctrine ; mais, bien évidemment, il n'entend la maxime connue : <( Les mêmes causes produisent les mêmes effets, » que comme l'expression d'une tendance de l'imagination, qui nous est suggérée par l'expérience en général uniforme de la nature, et qui reste vraie jusqu'à concurrence d'observations contraires; observa* tions dont on ne peut contester la possibilité, quand on croit qu'il n'y pas de rapport de causalité , quelque bizarre, quelque déraisonnable qu'il soit, qui ne puisse exister I
Nous en dirons autant des autres règles par lesquelles Hume termine son abrégé de Logique, et particulièrement de celles où il affirme que, si différents objets produisent le même effet, ce doit être en raison de quelque qualité qui leur est commune à tous ; que si des objets semblables , au contraire , produisent des effets différents , ce doit être par suite de quelque particularité qui les distingue. De telles lois ne peuvent être solidement établies, que si l'on
prend au sérieux la relation qui lie Teffet à la cause, le même effet à la même cause. Mais si , comme Hume y on n'entend par là qu'une succession ha* bituelle , pourquoi s'étonner de voir des causes semblables produire des effets différents, des effets semblables dériver de causes différentes? Tout est possible : il n'y a , Hume le dît lui-même , que l'existence et la non-existence qui soient contradictoires. Si donc des phénomènes analogues se manifestent par des effets dissemblables , on ne comprend pas pourquoi on chercherait à s'affranchir du résultat brutal de l'expérience, et pourquoi on n'admettrait pas comme une nouvelle loi : les mêmes causes peuvent produire des effets différents.
C'est donc en vain que Hume a prétendu établir des règles fixes et stables sur un sol aussi mouvant que celui de l'empirisme. Sa logique est comme plaquée sur un fond d'idées avec lesquelles elle jure nécessairement. Le fait seul, le fait unique, rare, ou fréquent, voilà tout ce que la logique des empiriques, si elle ne se payait pas de mots, aurait le droit de déterminer. Les lois générales , qu'elle prétend fonder sur ces faits, ne sont que des agglomérations fortuites, qui, d'un moment à l'autre, peuvent être renversées par d'autres faits. Si les hommes étaient tous frappés de folie, et s'ils voyaient les rapports des choses autrement que le bon sens nous les montre, leurs inductions , fondées sur les habitudes de leurs esprits troublés, auraient tout autant de valeur que celles qui sont aujourd'hui l'honneur de la science. Si nous
acceptons les doctrines de Hame^ ne nons faisons donc pas illusion : notre prétendue science n'a pas beaucoup plus d'autorité que les rêveries d'un maniaque. Attendons-nous à voir^ un jour ou l'autre, le monde renversé, et nos affirmations orgueilleuses remplacées par les affirmations contraires. Les choses ont jusqu'à présent suivi , ou paru suivre , un certain ordre ; qui nous dit qu'un miracle ne peut pas demain, après-demain, nous ménager la surprise d'un bouleversement complet, et nous présenter un univers nouveau, où deviendra vrai ce qui était faux dans l'ancien, et faux ce qui était vrai? Mais si nous ne pouvons nous résigner à d'aussi bizarres conséquences, revenons à la vieille doctrine qui, seule, garantit la légitimité de l'induction, et affirmons que, par une harmonie naturelle, notre raison, éclairée par l'expérience , conçoit dans la nature l'ordre qui y existe réellement.