‹ La philosophie de GassendiChapitre 100 sur 178 · V. plus haut, Physique, 2° partie, I · texte numérisé non relu

V. plus haut, Physique, 2° partie, I

2. « Notaadum debere quidetn organum, sive sensorium esse animatum. » (T. II, p. 335.) — Id., p. 473.

contraire à la nature. — La définir ainsi, dit Gassendi, c'est écarter de son étude le plus grand nombre de nos émotions, car on ne saurait soutenir que toutes nous soient contraires. Suivant Cicéron, d'autres philosophes définiraient la passion un appétit trop véhément : définition trop particulière encore et qui oflTre le grave défaut d'envisager l'appétit à un point de vue spécial, point de vue auquel il convient de se placer non ici, mais en morale. 11 est plus simple de considérer, d'une manière tout à fait générale, la passion « comme une émotion ou agitation de l'àme dans la poitrine ou dans quelque autre partie du corps, excitée par la sensation ou par Topinion du bien ou du mal '. » Par les termes (Témotion et d^agitationj nous marquons la différence qui la sépare de Tamour purement intellectuel dont nous avons parlé et des joies qu'il éprouve ; par ceux qui suivent, nous indiquons nettement quelles causes la provoquent.

â® D'après ces causes, nous classserons toutes nos passions en deux grandes classes : celles qui se localisent facilement dans un organe particulier et semblent se rapporter plus spécialement au corps, et celles qui, ayant leur siège général dans la poitrine, paraissent plus particulièrement se rapporter à Tesprit.

3° Examinons d'abord les premières. L'expérience nous apprend que toutes les parties du corps pouvant être touchées par quelque chose de commode ou d'incommode, Vappétit étant di/fus dans tout le corps, toutes peuvent éprouver du plaisir et de la douleur. Plaisir et dotJeur. telles sont donc les deux principales passions, celles auxquelles peuvent se ramener toutes les autres.

Il y a douleur, toutes les fois que le corps ou quelqu'une de ses parties est détournée de sa voie naturelle ou troublée dans son état normal ; plaisir, lorsque ce trouble cesss^ et que tout rentre dans Tordre *. Comme on le voit, pour Gasss^ndi, la première émotion, la passion première, o*e$l la douleur; le plaisir n'est

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DE l'appétit 185

qa'uDe émotion ultérieure, dérivée. « Platon, nous dit-il, pense que cette théorie ne saurait être admise pour la vue, Touïe et Todorat, comme si la douceur de quelque couleur, de quelque son et de quelque odeur fût capable de la faire sentir encore qu'il n'eût précédé aucune douleur dans leurs organes; mais Aristote tient le contraire et déclare que, si cela paraît dans ces sens, ce n'est qu'à cause de l'i^ccoutumance qui fait que nous ne sentons pas qu'ils souffrent, car de voir même et d'entendre^ c'est une chose pénible, mais nous y sommes de longtemps accou" tumés *. »

Entre la douleur et le plaisir se place le désir. Pour nous rendre compte de son rôle et de celui des passions qui l'accompagnent et le précèdent, supposons un être vivant exempt de toute passion et dans cet état qu'on appelle Vindolence. Un trouble survient dans son organisme, aussitôt il souffre, mais, en même temps, dans la partie affectée naît le désir d'être rétablie dans son premier état et affranchie de la douleur. Si ce désir est satisfait, il y a plaisir. Quel est donc ici le rôle du plaisir? Simplement de disposer l'être vivant à satisfaire ses désirs : l'exemption de la douleur, telle est la fin principale; le plaisir n'est qu'un simple adjoint et ce qui le prouve c'est que, l'exemption obtenue, le plaisir s'évanouit et Vindolence demeure *.

Sans doute, souvent, l'être vivant se propose pour but le plaisir lui-même et non pas simplement l'affranchissement de la douleur, mais alors c'est que l'imagination est intervenue : le désir a été éclairé par l'opinion et le jugement; or, jusqu'ici nous n'avons considéré que les passions qui naîsssent antérieurement à tout jugement et à toute opinion; il nous reste maintenant à étudier les autres.

4° Ces passions nouvelles que nous avons plus particuliè-

1. • Videre, inquit (Aristoteles), et audire Vj7cr,p(Jv, molestum est; àXX'iiÔrj tnyrfitii i<T(xèv, sed dudum assueti ils sumus. » (Eodem loco.) — Gassendi donne plusieurs exemples à Tappui de cette théorie, qui est également celle d'Epicure et qu'il généralisera, comme nous le verrons tout à l'heure, en parlant des plaisirs de Tesprit.

2. « Voluit quidem natura cupiditatem ita explere, ut voluptate ipsàm doloris exemptionem condierit ; at cum doloris exemptio foret quasi finis prœcipuus, adjuncta solum voluptas fuit, ut animal sese alacrius ad exemptionem compararet; indicioque est, quod exemptione facta voluptas evanescat, indolentia supersit. » (il, p. 479.)

rement rapportées à l'esprit diflcrent des précédentes par leur cause , d'abord , puisqu'elles supposent Fintervention de la phantaisie; elles en diffèrent encore, en ce qu'elles peuvent être modifiées par la volonté, ce qui n'a pas lieu pour les premières; et, enfin, en ce qu'elles sont très variées, par suite des images mêmes que nous nous faisons des choses.

Gomme les précédentes, ces passions peuvent se ramener au plaisir et à la douleur, ou mieux à la joie et à la tnstesse. Seulement, il faut remarquer ici que « le plaisir est non seulement un bien, mais qu'il est bien absolument, en tant qu'il n'est pas désiré pour autre* chose, mais pour lui-même; et que la douleur est absolument un mal, car elle est fuie parce qu'elle est mauvaise, parce qu'elle est elle *. » — Ces passions, tout à fait générales, peuvent être provoquées non seulement par ropinion d'un bien présent, mais encore, grâce à la mémoire et à la prévision, par l'opinion d'un bien passé ou à venir : d'où plusieurs espèces de passions dérivant du plaisir et de la douleur, dont les plus générales sont Yamour et la haine^ qui offrent ceci de particulier de s'appliquer aux trois temps : présent, passé et futur et de s'étendre non seulement au plaisir et à la douleur considérés en eux-mêmes, mais à ce qui les produit.

Lorsque l'àme, au lieu de se reposer dans la jouissance actuelle, songe à un plaisir passé ou à un plaisir à venir, elle éprouve du désir ou de Vespoir : le désir est l'aspiration vers un bien dont la possession est incertaine; l'espoir est une aspiration qui nous paraît pouvoir être satisfaite. De l'espoir naît la confiance et de la confiance Vaudace,

Supposons maintenant qu'il s'agisse non d'un bien, mais d'un mal et nous obtiendrons des passions contraires : à l'amour s'opposera la haine; au désir, l'aversion; à l'espérance, la crainte; à la confiance, le désespoir; à l'audace, la pusillanimité.

A toutes ces passions, Gassendi ajoute la colère et la douceur, passions complexes et qui expliquent en quelque sorte toutes les autres '.

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