‹ La philosophie de GassendiChapitre 102 sur 178 · Gass., t. II · texte numérisé non relu

Gass., t. II

2. « Uterque licet vulgo improbetur, baberive vitiosus soleat, cibilo tamen minus naturalis est. » (II, 486.)

goûte lorsqu'il converse avec lui, Jui rend des services, se sent aimé de lui. » Il ne semble donc pas que Gassendi conçoive la possibilité de cette espèce d'amour ou d'amitié mystique, où rhomme s'oublie complètement et ne pense qu'à la personne aimée. Au fond de toute affection il croit apercevoir en nous une certaine part d'égoïsme : même quand nous nous abandonnons le plus, nous ne nous livrons jamais complètement et il reste toujours comme une arrière-pensée qui nous rattache au plaisir actuel ou au plaisir espéré ^

Quant aux illusions de l'amitié et de l'amour, elles s'expliquent par l'imagination qui exagère les qualités et atténue les défauts.

Le désir et Taversion ont, comme Tamour et la haine, pour objet, le bien ou le mal. Ils en diffèrent ce pendant e n ce que l'amour et la haine les précèdent. Le désir tend uniquement vers un bien imaginé; dès qu*ît est atteint, il disparaît : il semble donc qu'il regarde plutôt la génération du plaisir que le plaisir lui-mome. Il en est de même de l'aversion dans ses rapports avec la douleur.

Les anciens divisaient nos désirs en nécessaires, non nécessaires, vains ou inutiles, d'après les causes qui les font naître. D*une manière générale, ils proviennent de l'opinion où nous sommes qu il nous manque quelque chose pour être heureux. Or, il peut arriver que cette opinion soit juste : c'est ce qui a lieu lorsque nous avons faim ou soif. Si le désir qui aceompagne ces états n*est pas satisfait^ il en peut résulter la mort : il est donc nécessaire. — D'autres fois, Topinion nous représente certaines choses comme nécessaires qui. en réalité, ne le sont pas : de là le désir non seulement de la nourriture, par exemple, mais des mets exquis. Dans ce cas. il est naturel, mais non néeesi^aire. Entre ce désir et le précédent, il y a celle grande dilTérenee que celui-ci est facilement satisfait, tandis que celui-là ne eonnait guère de limites* — EnGn« l'opinion peut nous offrir comme bonnes des choses qui ne le sont pas : telles que les richesses^ les honneurs, lopinion des hommes: dans ce cas, alors, nos désirs sont vains, inutiles^ bien plus : dangereux*.

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